L’annonce de l’échec des négociations entre Renault et Geely a sans nul doute été difficile à encaisser. Mais à Barcelone, l’écurie française n’a pas semblé démobilisée, même si ses efforts n’ont pas été récompensés à leur juste mesure. La n°36 de Jules Gounon et Victor Martins a terminé à la 8e place, deux rangs devant la n°35 de Charles Milesi et Ferdinand Habsburg.
➡️ Dumarey reprend Viry-Châtillon, quel avenir pour l’ancien bastion de Renault Sport ?
« L’équipe est sincèrement remarquable, nous a confié Philippe Sinault, le team principal. Le mot n’est pas exagéré. Ils se concentrent sur ce qu’ils ont à faire. Nous nous motivons sans avoir besoin de longs discours : un regard, un café le matin et on voit bien que chacun a envie que ça marche. »
Oui, mais jusqu’à quand ? Car, au moment où nous écrivons ces lignes, c’est bien la direction du musée que s’apprête à prendre l’A424, faute de repreneur après l’échec des négociations avec Geely. Y a-t-il encore un quelconque espoir ? Quelles conséquences pour le personnel et l’équipe ?
Pourquoi les discussions Renault-Geely n’ont-elles pas abouti ?
Entre Renault et Geely, les discussions s’étaient intensifiées autour des 24 Heures du Mans. L’espoir était réel quant à une signature fin juillet, mais la date butoir a été repoussée, encore et encore…
« C’était du sérieux, nous sommes allés loin dans les discussions et il y avait un réel intérêt de leur part, s’est contenté de nous répondre Philippe Sinault. Mais ça ne se fera pas, ce qui n’est assurément pas une bonne nouvelle. Ils ont leurs raisons et une décision a été prise. Nous la respectons car nous n’avons pas d’autre choix et nous ne la commenterons pas. »

Les tractations ayant été menées par Renault et Geely, Philippe Sinault a fort logiquement refusé de s’exprimer sur le sujet. Alpine n’a pas souhaité non plus en dire davantage. Dans le paddock, il se murmure que Renault aurait réclamé près de 60 millions d’euros à Geely pour lui céder le programme Hypercar. Un montant jugé particulièrement élevé, même si les raisons exactes de l’échec des discussions restent inconnues.
L’absence d’accord constitue en tout cas une mauvaise nouvelle pour Signatech, mais aussi pour Renault et le WEC, qui voyait d’un bon œil l’arrivée d’un premier constructeur chinois sur la grille.
« C’est dommage pour tout le monde, conclut Philippe Sinault. Je pense avoir une des meilleures équipes du paddock sur le plan opérationnel, et ce serait un énorme gâchis de ne pas trouver quelque chose. C’est pour cela que nous jetons tous nos efforts et toutes nos forces dans cette bataille. »
D’autres solutions existent-elles ?
« Geely est assez rapidement devenue la piste numéro un, nous a répondu Philippe Sinault. C’était notre corde principale, et ça rend la situation plus compliquée, parce que le temps passe. Mais nous avions, en parallèle, entretenu quelques fers au chaud. Cependant, cela va sans dire que nous repartons à un stade moins avancé des discussions. »

Hors de question pour Philippe Sinault de laisser tomber ses troupes, dont il ne cesse de louer la loyauté. C’est lui l’instigateur du retour d’Alpine en Endurance, en LMP2 tout d’abord, puis dans la catégorie reine ensuite. Même si l’avenir de sa structure ne devait plus s’écrire avec la firme de Dieppe, il entend explorer toutes les pistes encore ouvertes.
« Aujourd’hui, notre véritable course est contre la montre, poursuit-il. Notre vraie difficulté est d’amener des gens à prendre, dans un délai très court, des décisions majeures qui les engagent à moyen et long terme. Mais l’histoire nous rappelle que, dans les périodes de révolution, l’urgence a cette vertu de créer des opportunités. Nous verrons… »
« En parallèle, nous continuons à montrer en piste que nous sommes une belle équipe, bien en place. Si un repreneur souhaitait s’engager en Hypercar à nos côtés, nous sommes prêts et c’est là l’essentiel. Ce n’est pas le moment de lâcher. »
Quid du personnel et des pilotes ?
« J’essaie d’épargner au maximum l’équipe parce qu’ils ont des choses à faire, assure Philippe Sinault. Mais nous échangeons quasiment quotidiennement, en toute transparence. »
Le personnel aurait été informé le mercredi 7 octobre de l’échec définitif des négociations avec Geely. Tous sont libres de discuter avec la concurrence. Car si d’autres projets sont envisagés, aucun ne permettrait, à lui seul, de conserver l’ensemble des effectifs.

Côté ingénieurs, David Ladouce (ingénieur de course de la n°35, vu auparavant chez Porsche Penske Motorsport) retourne en Formule E, plus précisément chez Jaguar. Mais il n’est pas le seul à avoir trouvé refuge ailleurs. Des mouvements sont notamment annoncés du côté de Genesis Magma Racing.
Et les pilotes ? António Félix da Costa, dont le contrat courait jusqu’à fin 2027, a déjà signé chez Cadillac Team Jota. Malgré une saison probante, sa meilleure en bleu, Ferdinand Habsburg devrait avoir du mal à poursuivre dans la catégorie reine.
Jules Gounon n’est pas à pied, lui qui n’a jamais quitté le giron Mercedes, dont il défend les intérêts en GT3. Quant à Frédéric Makowiecki, il a encore du potentiel à revendre et ses qualités en matière de développement seraient précieuses pour un nouveau venu.
Restent Charles Milesi et Victor Martins, qui affolent les chronos à chacune de leurs sorties. Âgés de 25 ans, ils méritent sans nul doute de poursuivre en Hypercar. Et même si les places se font rares, ne pas se pencher sur leur cas serait une grossière erreur de la part de la concurrence.
Et Signature ?
Fondée en 1990 par Philippe Sinault et Jean-Pierre Tallan, Signature s’est d’abord illustrée en monoplace. La formationfrançaise a participé à l’éclosion de pilotes de renom tels que Nicolas Lapierre, Edoardo Mortara, Marco Wittmann ou Benoît Tréluyer. Mais elle peut également se targuer d’avoir remporté à trois reprises le Grand Prix de Macao (2003, 2009 et 2010).

Devenue Signatech en endurance, la structure berruyère découvre les 24 Heures du Mans en 2009 avant de s’associer à Alpine en 2013. Une collaboration couronnée par deux titres en European Le Mans Series (2013 et 2014), trois victoires en LMP2 aux 24 Heures du Mans (2016, 2018 et 2019) et deux titres mondiaux LMP2 en FIA WEC (2016 et 2018-2019).
Passée ensuite en Hypercar avec l’Alpine A480, l’équipe de Philippe Sinault a remporté les 1 000 Miles de Sebring et les 6 Heures de Monza en 2022, année où elle est également montée sur le podium au classement général des 24 Heures du Mans. Avec l’A424, elle a ensuite renoué avec la victoire lors des 6 Heures de Fuji 2025.
En mai 2024, Renault Group a acquis 49 % du capital du Groupe Signature, Philippe Sinault conservant les 51 % restants.Renault est supposé désormais racheter cette participation résiduelle pour prendre le contrôle intégral de la structure.
Mais l’arrêt du programme A424 pourrait changer la donne. Sans programme Hypercar à exploiter, l’intérêt de cette acquisition pour le constructeur français apparaît désormais moins évident. De cela aussi dépend l’avenir de la structure berruyère.