24 Heures du Mans

Ce que Le Mans 2026 nous a révélé sur la nouvelle génération

Le Mans a toujours été le terrain de jeu des pilotes d’expérience. Pourtant, plusieurs jeunes ont rappelé que la relève de l’endurance était déjà en marche.

Alors que le podium Hypercar de la 94e édition des 24 Heures du Mans affichait une moyenne d’âge supérieure à 35 ans, plusieurs pilotes de moins de 25 ans ont profité de la plus grande course du monde pour rappeler qu’ils n’avaient aucune intention d’attendre leur tour.

Certains évoluent déjà au plus haut niveau, d’autres poursuivent leur apprentissage. Mais tous ont marqué les esprits dans la Sarthe, soit par leur vitesse, soit par leur maturité, soit par leur capacité à répondre présent lorsque la pression était à son maximum.

Dans un championnat où l’expérience reste une valeur cardinale, ces six pilotes ont démontré que la prochaine génération est déjà en train de prendre ses marques.

Esteban Masson – 21 ans

© FIA WEC / DPPI

Un an après avoir ébloui pour ses débuts aux 24 Heures du Mans, Esteban Masson a confirmé que sa performance de 2025 n’avait rien d’un feu de paille et qu’elle n’était en rien due à la chance du débutant.

Le Français figure au sommet de la plupart des feuilles de temps du LMP2. Meilleur chrono absolu de la semaine, meilleur tour en course, régularité exemplaire : peu de pilotes ont autant marqué la catégorie.

Pourtant, comme l’an dernier, il repart sans la victoire. L’Oreca 07 n°29 du Forestier Racing by Panis, qu’il partageait avec Louis Rousset et Oliver Gray, a dû se contenter de la troisième place derrière les deux voitures d’Inter Europol Competition.

Mais au-delà du résultat, c’est l’impression générale laissée qui interpelle. Tant volant en mains que dans son approche, Masson possède déjà les attributs d’un pilote appelé à évoluer au plus haut niveau. Sa vitesse ne surprend plus, sa maturité non plus.

Esteban Masson a tout d’un grand. Et ça tombe bien, son avenir est déjà tout tracé chez Toyota.

Hadrien David – 22 ans

Étonnamment, Hadrien David est toujours classé Silver par la FIA. Mais s’il poursuit sur cette trajectoire, cela ne devrait plus durer très longtemps.

Brillant en WEC alors qu’il découvre à la fois le championnat et la Lexus RC F LMGT3, le Français a signé une prestation de tout premier ordre pour sa première apparition aux 24 Heures du Mans.

Jérome Policand, Tom Van Rompuy, Hadrien David and Jack Hawsworth – © FIA WEC / DPPI

Fiable, rapide et constant, il s’est illustré dans la plupart des indicateurs de performance en LMGT3, qu’il s’agisse du meilleur tour en course, de la moyenne des dix meilleurs tours ou encore de celle des 50 % meilleurs tours couverts pendant l’épreuve.

Surtout, il a fait jeu égal — voire mieux par moments — avec son équipier de 35 ans Jack Hawksworth, référence absolue au volant de la Lexus depuis plusieurs saisons. Et pour cause, l’Américain pilote cette voiture depuis 2017 et a notamment remporté à son volant le titre IMSA GTD Pro en 2023.

Son objectif est connu : suivre les traces de son ami Esteban Masson, aujourd’hui intégré à la galaxie Toyota. Et s’il a privilégié le LMGT3 et Lexus plutôt que le LMP2, c’est aussi pour s’assurer de ne pas passer sous les radars du géant nippon.

Jonny Edgar – 22 ans

Engagé sur la Corvette Z06 GT3.R n°33 de TF Sport, Jonny Edgar a offert à son équipier Ben Keating une troisième victoire de catégorie aux 24 Heures du Mans et à Corvette une dixième depuis le début du siècle.

Nicky Catsburg, Jonny Edgar and Ben Keating – © FIA WEC / DPPI

Pour ce qui n’était que sa deuxième participation aux 24 Heures du Mans, le Britannique a été l’un des grands animateurs de la catégorie LMGT3. Il s’est montré l’égal – pour ne pas dire de plus – de son équipier de 38 ans Nicky Catsburg, qui a gagné toutes les plus grandes courses d’Endurance de la planète.

C’est d’ailleurs à Edgar – malgré sa classification Silver – qu’a été confiée la fin de course, quand les équipes s’appuient généralement sur leur pilote le mieux gradé.

Mais l’intéressé n’a pas faibli et est passé sous le damier avec un tour d’avance sur la concurrence.

Laurin Heinrich – 24 ans

Laurin Heinrich n’est plus une révélation. Il est déjà une référence. Comment qualifier autrement un pilote capable de remporter les 24 Heures de Daytona, les 12 Heures de Sebring et les 24 Heures du Mans en l’espace de quelques mois ?

Pour sa première apparition aux 24 Heures du Mans et ses débuts au volant d’une Oreca 07, l’Allemand a remporté la catégorie LMP2 Pro/Am avec CrowdStrike Racing by APR tout en affichant un niveau de performance impressionnant.

© FIA WEC / DPPI

Que ce soit au jeu de la moyenne des dix meilleurs tours ou de celle des 50 % meilleurs tours en course, Heinrich figure parmi les tout meilleurs spécialistes de la catégorie. Et cela alors même que ses rivaux possédaient une expérience nettement supérieure de l’Oreca 07.

Pas une erreur, pas une faiblesse apparente : une prestation de patron.

Heinrich est le passé, le présent et le futur de Porsche… à condition de lui offrir un programme digne de ce nom.

Mathys Jaubert – 21 ans

Genesis ne prévoyait pas de le promouvoir aussi vite en Hypercar. Mais après avoir impressionné tout le paddock dès sa première saison en LMP2, Mathys Jaubert a convaincu Cyril Abiteboul et les dirigeants de la formation coréenne d’accélérer son ascension.

La 94e édition des 24 Heures du Mans leur a donné raison. Le Français continue de se distinguer tant par son talent que son intelligence. Blessé au pied gauche avant l’épreuve et contraint de freiner du pied droit, il aurait pu traverser la semaine dans l’anonymat. Au lieu de cela, il a tenu son rang sans jamais donner le sentiment d’être diminué.

© FIA WEC / DPPI

Son moment fort restera sans doute son Hyperpole 1. Il a outrepassé la douleur pour signer un remarquable 3:23.126. Un chrono qui, réalisé en Hyperpole 2, lui aurait permis de placer la GMR-001 n°17 sur l’une des deux premières lignes de la grille.

Pour un pilote qui dispute seulement sa première saison complète au plus haut niveau de l’endurance, le message envoyé est particulièrement fort. Genesis tient assurément là l’un des piliers de son avenir.

Victor Martins – 24 ans

Les pilotes issus de la monoplace mettent parfois du temps à apprivoiser les subtilités de l’endurance. Victor Martins semble avoir sauté plusieurs étapes.

Son adaptation au FIA WEC avait connu un premier accroc à Imola avec une pénalité pour vitesse excessive sous Full Course Yellow. Mais le Français a semble-t-il retenu la leçon, jouant dans la Sarthe une partition sans la moindre fausse note.

Rapide, discipliné et jamais pris en défaut, il a été le pilote le plus en vue de l’effectif Alpine. Ses dirigeants ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Au moment du bilan, plusieurs responsables de la marque ont souligné la qualité de sa prestation.

© FIA WEC / DPPI

Le résultat brut – une dixième place pour la n°36 qu’il partageait avec Jules Gounon et Frédéric Makowiecki – ne raconte qu’une partie de l’histoire. À titre individuel, Martins a probablement quitté Le Mans avec une cote encore renforcée.

Alors qu’Alpine s’apprête à tourner la page Hypercar, il a prouvé être déjà une option plus que crédible pour plusieurs constructeurs à la recherche de sang neuf.

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