Il y a encore quelques semaines, la piste semblait suffisamment sérieuse pour imaginer l’A424 changer de nom et de couleurs. Un programme renommé Geely, une voiture éprouvée mais remaquillée ainsi qu’une équipe en tous points identique : toutes les planètes semblaient s’aligner.
Le constructeur chinois s’est bien penché sur la reprise du programme. Des émissaires ont d’ailleurs visité à plusieurs reprises les centres de Viry-Châtillon et Bourges. Las, selon nos informations, cela ne se fera pas, de quoi mettre fin à un programme qui méritait une bien meilleure issue.
Pourquoi Geely renonce-t-il ?
À vrai dire, difficile de savoir. Le saurons-nous réellement un jour ? Rien n’est moins sûr puisque jamais les discussions entre Renault et Geely n’ont été officiellement confirmées.
Toujours est-il que la firme de Hangzhou a finalement décidé de ne pas donner suite. L’Hypercar n’était-elle tout simplement pas une priorité ? À moins que les conditions économiques d’une reprise n’aient pas convaincu les décisionnaires. À ce stade, rien ne permet de privilégier une explication plutôt qu’une autre.

La piste n’avait pourtant rien d’incongru. Geely et Renault Group se connaissent bien. Déjà associés au sein de Horse Powertrain, aux côtés d’Aramco, les deux groupes n’ont cessé de resserrer leurs liens. Encore en septembre dernier, ils annonçaient un investissement commun de 319 millions d’euros au Brésil. Preuve que, loin de s’éloigner, Renault et Geely continuent de travailler ensemble sur le plan industriel.
Malgré cette proximité, il va encore falloir attendre avant de voir un constructeur chinois débarquer dans la catégorie reine de l’Endurance. Geely, pour l’instant, va se contenter du TCR World Tour, dont elle occupe la tête du classement Teams avant les trois dernières manches de la saison, à Chengdu, Zhejiang et Macao.
Que va devenir l’A424 ?
Lorsque Alpine a annoncé son retrait du WEC au terme de 2026, la décision ne signifiait pas nécessairement la fin de l’A424. Signatech s’est rapidement mis en quête d’une solution permettant de prolonger sa carrière sous une autre identité.

La victoire décrochée à Fuji en 2025 avait matérialisé ses progrès et démontré le potentiel d’une LMDh qui a de nouveau brillé au Japon cette année, même si elle a laissé échapper la victoire pour des raisons que nous avons déjà expliquées.
Tout comme l’Acura ARX-06, autre LMDh issue d’une collaboration avec Oreca, l’A424 devrait hélas, sauf retournement de situation, être remisée au musée à l’issue des 6 Heures de Monza, le 8 novembre. Il lui reste donc encore deux courses pour agrémenter un CV faisant état de quatre podiums, dont une victoire.
Au vu de ses performances, tout cela ressemble à un beau gâchis de la part de Renault Group. L’abnégation de Philippe Sinault, président-fondateur de Signatech, aurait mérité une bien meilleure issue. Car faut-il rappeler que ce dernier a travaillé pendant dix ans au retour de la marque Alpine aux 24 Heures du Mans, avec, en premier lieu, une présence en LMP2 ?
Aujourd’hui, Philippe Sinault, faute de programme, va probablement devoir laisser filer certains de ses hommes clés, dont plusieurs lui sont fidèles depuis toujours. Autant de compétences bâties depuis les années en LMP2 et le retour d’Alpine en Endurance en 2013.
Des plans B existent-ils ?
Plusieurs constructeurs auraient eu des discussions avec Renault pour la reprise du programme A424. Mais, selon nos informations, Geely était le seul candidat sérieux. Et les discussions étaient suffisamment avancées pour envisager une continuité de l’A424 en 2027 sous une autre identité.

Cette possibilité désormais écartée, Signatech se retrouve sans solution concrète pour la saison prochaine. Cela ne signifie pas nécessairement que tout est terminé. Philippe Sinault et ses hommes continueront logiquement à explorer les possibilités qui peuvent encore se présenter.
Mais à ce stade de l’année, voir apparaître un constructeur capable et désireux de reprendre le programme à temps pour 2027 relèverait presque du miracle.
Le paradoxe est là. Signatech connaît la voiture et le championnat, et dispose déjà des hommes et de la structure nécessaires pour poursuivre en Hypercar. L’A424 existe, roule et brille. Ce qui manque désormais, c’est un constructeur prêt à apposer son logo sur le bout de son museau. Sauf improbable retournement de situation, le retrait du groupe chinois rapproche donc Signatech de la fin de son aventure en Hypercar. Et avec elle, l’A424 de sa dernière course.