Peugeot s’apprête à passer un hiver mouvementé. L’évolution 2027 de la 9X8, qui a effectué il y a peu ses premiers tours de roues au Paul-Ricard, va bien évidemment grandement occuper ingénieurs et mécaniciens.
Mais côté pilotes aussi, il y aura du changement. Et si aucun partant n’a encore été officialisé et que nous savons déjà que Doriane Pin ne sera pas promue titulaire, nous connaissons déjà la première recrue en la personne de Robert Shwartzman.
Pourquoi le Russe a-t-il eu les faveurs de Peugeot et, inversement, pourquoi a-t-il choisi de rejoindre un programme jusque-là très décevant ? C’est ce que nous avons essayé de savoir.
Qu’a-t-il été annoncé ?
Peugeot Sport a tout simplement confirmé ce que The Stint vous avait révélé il y a quelques semaines, à savoir que Robert Shwartzman va intégrer sous peu l’effectif Hypercar du constructeur français, bien décidé à franchir un cap avec son programme 9X8.
« Je suis extrêmement heureux de faire mon retour en Championnat du monde d’Endurance de la FIA après mon passage aux États-Unis, a expliqué l’intéressé. L’Endurance est quelque chose qui m’a vraiment manqué au cours des deux dernières saisons et je suis ravi de rejoindre le Team Peugeot TotalEnergies.

Dès mes premières discussions avec l’équipe, je me suis senti véritablement bien accueilli et immédiatement intégré au projet, dans un environnement très professionnel et ambitieux. Le programme 2027 est particulièrement enthousiasmant et j’ai hâte de contribuer à ce nouveau chapitre et de participer à l’écriture de la suite de cette histoire. »
Côté départs, pour en savoir plus, nous vous encourageons à vous rendre ICI. Des informations que le team principal de Peugeot Sport Emmanuel Esnault a cependant refusé de confirmer.
« Il y a encore des discussions et des décisions qui doivent être prises, a-t-il confié. C’est un puzzle que nous essayons d’assembler, mais pour sûr nous avons l’ambition d’extraire le maximum de la voiture et de nos pilotes pour retrouver le chemin de la victoire. »
Avec Shwartzman, l’équipe française tient un pilote complet, à la fleur de l’âge et plébiscité par les personnes ayant eu l’occasion de travailler avec lui. Son profil présente surtout une combinaison intéressante pour Peugeot : la vitesse d’un pilote formé au plus haut niveau de la monoplace et une expérience déjà significative de l’Hypercar.

Pourquoi son profil est-il intéressant pour Peugeot ?
Pour avoir la réponse, le plus simple était encore de poser la question à Emmanuel Esnault, ce que nous avons fait dans le paddock du Circuit des Amériques en fin de semaine dernière, en marge de l’édition 2026 du Lone Star Le Mans.
« Nous sommes vraiment ravis d’avoir réussi à convaincre un pilote doté d’un tel talent de rejoindre Peugeot, nous a-t-il répondu. Nous partageons la même vision et la même ambition de revenir au sommet. Nous voulons bâtir quelque chose de fort avec lui sur le plan sportif mais aussi sur le plan humain.
Il est incontestablement l’un des talents les plus prometteurs de sa génération et possède déjà une solide expérience acquise au plus haut niveau, aussi bien en monoplace qu’en Endurance. Il est déjà pleinement impliqué dans la préparation de notre programme 2027 et jouera un rôle important dans l’avenir de l’équipe. »
Shwartzman n’est effectivement pas un inconnu en Endurance puisqu’il a disputé la saison 2024 en Hypercar sur la Ferrari 499P n°83 d’AF Corse aux côtés de Robert Kubica et Yifei Ye. Ensemble, les trois hommes ont notamment remporté le Lone Star Le Mans, à Austin.
Pour Peugeot, son recrutement répond donc à plusieurs besoins. À 27 ans, Shwartzman sera immédiatement opérationnel. Son parcours lui a également permis de côtoyer des environnements techniques très différents, de Ferrari et sa 499P à l’IndyCar, sans oublier son travail de réserviste et de pilote de simulateur pour la Scuderia.
Pourquoi Peugeot est-il intéressant pour Shwartzman ?

Car ce mariage de raison fonctionne dans les deux sens. Le parcours de Robert Shwartzman depuis son départ de la Formule 2 n’a rien de linéaire. Malgré des résultats qui auraient pu lui ouvrir d’autres perspectives, le Russe n’a jamais obtenu sa chance comme titulaire en Formule 1. Il s’est alors tourné vers le GT, puis l’Hypercar, avant de céder de nouveau à l’appel de la monoplace en rejoignant l’IndyCar.
Son expérience américaine n’a toutefois duré qu’une saison. Dans ces conditions, Peugeot lui offre une seconde chance en endurance et la possibilité de s’inscrire dans la durée au sein d’un programme constructeur et d’y occuper, à en croire Emmanuel Esnault, une place importante.
Le défi n’est évidemment pas sans risque. Depuis son arrivée en Hypercar en 2022, Peugeot n’est toujours pas parvenu à remporter une course avec la 9X8 et aborde 2027 avec l’obligation de franchir un nouveau cap. Mais c’est aussi ce qui peut rendre l’opportunité intéressante pour Shwartzman.
Pour le pilote comme pour Peugeot, l’enjeu dépasse donc la simple signature d’un contrat. Le premier cherche à redonner une direction durable à une carrière qui a emprunté plusieurs chemins depuis la Formule 2. Le second doit enfin transformer le potentiel entrevu avec la 9X8 en résultats réguliers au plus haut niveau.
À chacun, désormais, de profiter des besoins de l’autre.
Qui es-tu Robert Shwartzman ?
Si vous vous intéressez un tantinet soit peu au sport automobile, il y a fort à parier que nous ne vous apprendrons rien. Comme bon nombre de ses petits camarades, le Russe de 27 ans a brillé en monoplace avant de s’essayer à l’Endurance.
Après avoir terminé troisième de F3 Italie en 2015 et de l’Eurocup Formula Renault 2.0 en 2017, il intègre la Ferrari Driver Academy. Par la suite, il est titré en FIA F3 en 2019, termine quatrième de la FIA F2 dès sa première saison en 2020, puis vice-champion l’année suivante derrière Oscar Piastri.
En dépit de résultats probants, les portes de la F1 ne s’ouvrent pas. Après avoir disputé le GT World Challenge Europe en 2023, Ferrari lui propose donc l’un des trois baquets de la 499P privée engagée par AF Corse, en parallèle de son rôle de réserviste et de pilote de simulateur pour la Scuderia.

Mais l’appel de la monoplace est trop fort et le natif de Tel-Aviv file en 2025 en IndyCar avec Prema Racing, qui débute dans la discipline. Cependant, en dehors d’une pole position surprise aux 500 Miles d’Indianapolis, il ne parvient guère à se mettre en évidence au sein d’une écurie à la peine sportivement et plus encore financièrement.
L’aventure s’arrête au bout d’un an seulement. En parallèle, Shwartzman étudie un retour en WEC, mais ses discussions – avec Alpine notamment – n’aboutissent pas. Quelques mois plus tard, c’est finalement un autre constructeur français qui s’attache ses services.
Les Russes aux 24 Heures du Mans
Cette annonce intervient quelques jours après l’évolution de la réglementation concernant la possibilité pour les pilotes russes de courir sous leur drapeau.
Les premiers Russes à participer aux 24 Heures du Mans furent Nikolay Fomenko et Alexei Vasiliev, en 2004. Les premiers à décrocher une victoire de catégorie sont Viktor Shaitar et Aleksey Basov en 2015, avec Andrea Bertolini sur la Ferrari 458 Italia de SMP Racing en GTE Am. C’était également la première victoire d’une équipe russe au Mans.
Plus récemment, en dehors de Shwartzman, nous pouvons citer notamment Daniil Kvyat, Vitaly Petrov ou encore Mikhail Aleshin, pour ne mentionner que les plus connus.
Cette année, nous n’en comptons qu’un seul engagé à l’année en WEC : Timur Boguslavskiy, inscrit sur la Porsche 911 GT3 R n°91 de Manthey DK Engineering. Il a d’ailleurs terminé deuxième du Lone Star Le Mans en LMGT3 dimanche.
Côté équipes, citons G-Drive Racing, mais aussi SMP Racing, à l’origine du programme BR Engineering. La BR1 qui, malgré un envol aux 6 Heures de Spa-Francorchamps, avait réussi à terminer troisième de l’édition 2019 des 24 Heures du Mans aux mains de Stoffel Vandoorne, Vitaly Petrov et Mikhail Aleshin.