FIA WEC

Notre Winners & Losers des 6 Heures de Spa

BMW a enfin décroché sa première victoire en WEC. Ferrari a une nouvelle fois démontré sa capacité à marquer de gros points même lors de ses week-ends les moins dominants. Aston Martin et Genesis continuent de progresser, tandis que Toyota, Peugeot et Cadillac quittent Spa avec davantage de questions que de certitudes. À une semaine des 24 Heures du Mans, voici les grands gagnants et les grands perdants de la dernière répétition générale avant la classique mancelle.

Spa-Francorchamps a toujours été considéré comme un juge de paix. Il met en lumière les faiblesses, renforce les convictions et, à un mois des 24 Heures du Mans, raconte souvent une histoire plus profonde que ne le laisse penser le classement final.

L’édition 2026 n’a pas fait exception. Une édition qui restera comme celle ayant offert à BMW et à la M Hybrid V8 leur première victoire en WEC grâce à un pari stratégique audacieux.

Winner – BMW M Team WRT

Depuis deux ans, BMW M Team WRT frappe à la porte. À Spa, l’équipe l’a finalement enfoncée.

Ce doublé a une portée bien plus importante qu’une simple première victoire. Il ressemble à une validation. Celle d’un programme qui n’a jamais manqué d’ambition mais qui qui peinait à concrétiser. Celle d’un partenariat entre BMW et WRT qui semblait parfait sur le papier sans avoir encore obtenu le résultat capable de changer les perceptions.

Ce qui a rendu ce succès ardennais si convaincant n’est pas la vitesse pure mais la maîtrise avec laquelle il a été décroché.

BMW a construit sa course. La n°20 a très tôt opté pour une stratégie décalée pour profiter de l’air libre et n’a jamais regardé en arrière. La n°15 a emprunté une autre voie pour arriver au même résultat ou presque. Lorsque Ferrari est revenu fort en fin de course, Kevin Magnussen a défendu sa position comme un pilote se battant pour une couronne mondiale.

L’importance de cet instant n’a pas échappé à Vincent Vosse. Pour le patron de WRT, il ne s’agit pas simplement d’une première victoire en Hypercar. C’est la récompense de plusieurs années de travail, d’obstacles et de persévérance.

« Je n’aurais pas pu rêver d’un meilleur résultat à domicile, se réjouit-il. Je repense aux débuts de ce programme Hypercar, aux hauts, aux bas, à tout le travail accompli au cours des quatre dernières années mais aussi aux dix-sept ans d’histoire de cette équipe. Ce résultat appartient à chaque personne ayant participé à cette aventure depuis le premier jour. Les pilotes ont été parfaits, l’équipe a pris les bonnes décisions au bon moment et je ne pourrais pas être plus heureux et fier de mes gars. »

Pour la première fois depuis l’arrivée de la M Hybrid V8 en WEC, l’attelage BMW / WRT a ressemblé à un package parfaitement abouti plus qu’à un projet prometteur.

Loser – Toyota Racing

© FIA WEC / DPPI

Certaines cinquièmes places ressemblent à des victoires. Celle-ci n’en fait pas partie.

Toyota est arrivé à Spa sans disposer de la vitesse nécessaire pour rivaliser avec Ferrari, Alpine ou BMW. Pourtant, grâce à son expérience, sa science de la course et son imagination stratégique, la n°8 s’est retrouvée à lutter pour la deuxième place.

Ce fut une course typiquement Toyota. Le genre de prestation sur laquelle le constructeur japonais a bâti sa réputation. Partis 16es, Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryō Hirakawa ont transformé un après-midi qui semblait impossible en opportunité de podium.

Puis l’équipe a tout gâché et a vu s’échapper cette deuxième place qui lui tendait les bras.

« Nous avons commis une grosse erreur, reconnaît le Suisse. Lors du premier VSC de fin de course, nous n’avons pas mis suffisamment de carburant dans la voiture. Résultat, nous avons dû nous arrêter de nouveau un tour avant le VSC suivant. Si nous avions rempli le réservoir lors de l’arrêt précédent, nous aurions effectué notre dernier ravitaillement sous le second VSC et conservé la deuxième place. La stratégie était excellente, mais nous avons commis une erreur importante. C’est ainsi. Nous devons en tirer les leçons et nous assurer que cela ne se reproduise plus. »

La frustration ne venait pas du manque de rythme. Elle venait du fait que Toyota a perdu sur le terrain où il excelle habituellement : l’exécution. La plus grande force de Toyota a toujours été sa capacité à compenser un déficit de performance grâce à une gestion de course irréprochable. À Spa, ce ne fût pas le cas.

Winner – Ferrari AF Corse

La 499P n’a jamais contrôlé la course, mais elle est restée omniprésente. Chaque variation stratégique, chaque Safety Car, chaque relance semblait tôt ou tard remettre une Ferrari rouge dans la bataille. Un podium est venu confirmer que Ferrari continue de marquer de gros points même lorsque les circonstances lui sont moins favorables.

C’est peut-être là le signal le plus inquiétant pour ses rivaux, même si la Ferrari n°51 a finalement été contrainte à l’abandon après avoir été percutée par une LMGT3 en fin d’épreuve.

Pier Guidi OUT After Late Race Contact at Spa | TotalEnergies 6 Hours of Spa 2026 | FIA WEC

La capacité de Ferrari à rester dans le match malgré l’adversité se reflétait dans les propos de Ferdinando Cannizzo après l’arrivée.

« Il reste un léger goût amer car nous avons bien interprété la stratégie en sachant que nous n’étions pas les favoris, a-t-il cependant lâché. Grâce à notre régularité, nous sommes revenus dans le match avec toutes les voitures. Nous avons été un peu malchanceux lors du ravitaillement de la n°50 et il est dommage que l’incident ait mis fin à la course de la n°51. Nous avons tout de même marqué des points importants pour le championnat, même avec une seule voiture. »

Si Spa a représenté l’un des week-ends les moins dominants pour Ferrari, le constructeur italien est tout de même reparti en donnant l’impression d’être parfaitement à sa place parmi les prétendants à la victoire.

Loser – Alpine Endurance Team

© FIA WEC / DPPI – Julien Delfosse

Pendant quatre heures, Alpine a été un candidat crédible au podium. L’A424 avait du rythme tout au long du week-end. Charles Milesi et Jules Gounon ont brillé en qualifications, avant que la n°35 passé une bonne partie de la course à se battre exactement là où Alpine espérait être.

Puis tout s’est effondré.

Le trafic. Un mauvais timing. Une relance compliquée. Puis l’erreur d’António Félix da Costa en pneus froids au Raidillon.

L’accident a mis fin à une course prometteuse et aux espoirs d’une équipe qui semblait prête à jouer les premiers rôles mais qui a quitté Spa les mains vides.

« Nous sommes évidemment déçus de terminer à ces positions, surtout après nos bonnes qualifications, explique Nicolas Lapierre. Plusieurs petites erreurs à des moments clés nous ont coûté cher et nous ont empêchés de nous battre pour la victoire lorsque le peloton s’est resserré en fin de course. C’est frustrant, mais cette course montre aussi précisément les domaines dans lesquels nous devons progresser. »

Le plus encourageant, c’est que la performance était bien là. Le plus douloureux, c’est que personne ne s’en souviendra.

Winner – Aston Martin THOR

Une quatrième place ne paraît peut-être pas révolutionnaire. Pour Aston Martin THOR, elle ressemble pourtant à une étape importante. La Valkyrie s’est montrée véritablement compétitive tout au long du week-end et a franchi la ligne d’arrivée à seulement quelques secondes du vainqueur, signant son meilleur résultat à ce jour en WEC.

Plus important encore, elle a enfin semblé parfaitement à sa place dans la lutte, bien aidée par une BoP favorable, on en peut le passer sous silence.

Les dépassements d’Harry Tincknell, la sérénité de Tom Gamble et la vitesse impressionnante de la voiture dans les secteurs rapides de Spa laissaient entrevoir quelque chose d’important. La Valkyrie reste encore perfectible à certains égards, mais elle n’est plus simplement en phase d’apprentissage.

Mais il y a également des regrets. La n°009 semblait en mesure de se joindre à la bataille avant l’accident d’Alex Riberas en fin de course. Aston Martin a quitté Spa avec la conviction qu’un podium était à sa portée.

009 Aston Martin CRASHES Out in Late Spa Drama | TotalEnergies 6 Hours of Spa 2026 | FIA WEC

Cette confiance grandissante se ressentait dans l’ensemble de l’organisation.

« Terminer quatrième dans une course aussi disputée que les 6 Heures de Spa constitue un excellent résultat et une très bonne façon pour Aston Martin THOR Team de débuter sa préparation en vue des 24 Heures du Mans le mois prochain », se félicite Adam Carter, responsable des programmes Endurance de la marque.

« La Valkyrie a été compétitive tout au long du week-end et nous sommes très heureux pour Harry et Tom, qui ont travaillé dur et attendu longtemps avant d’être récompensés par un tel résultat. Terminer à seulement cinq secondes du vainqueur montre à quel point la compétition est relevée aujourd’hui et nous donne de nombreuses raisons d’être optimistes avant un mois de juin crucial. »

Il y a encore quelques mois, un tel optimisme aurait semblé ambitieux. Aujourd’hui, il paraît parfaitement justifié.

Loser – Peugeot Sport

La pole position devait marquer un nouveau départ. Elle est finalement devenue un rappel supplémentaire du chemin qu’il reste à parcourir pour Peugeot.

Vendredi, Malthe Jakobsen a signé un tour exceptionnel et offert pendant quelques heures au constructeur français ce dont il avait désespérément besoin : de l’élan. La course n’a jamais suivi.

Une pénalité, un accrochage inévitable et un nouvel après-midi anonyme pour la voiture sœur ont empêché le résultat d’être à la hauteur des promesses affichées.

Pourtant, contrairement à certaines déconvenues passées, Spa a également révélé quelque chose d’encourageant.

Pole Sitter Jakobsen CRASHES Out in Heartbreak at Spa | TotalEnergies 6 Hours of Spa 2026 | FIA WEC

La 9X8 était compétitive, mais Peugeot a indéniablement laissé passer une occasion de décrocher un podium. Pour un programme qui cherche depuis plusieurs années des preuves tangibles de sa progression, cela compte.

« Nous quittons Spa avec un sentiment mitigé après ce week-end, reconnaît le team principal Emmanuel Esnault. Il y a eu la pole position de samedi et un excellent début de course avec un bon rythme pour la n°94, mais aussi une grande déception car un Top 5 était à notre portée. Nous terminons septièmes avec la n°93, qui a également signé le meilleur tour en course. Désormais, toute notre attention se tourne vers Le Mans, même s’il reste encore du travail à accomplir d’ici là. »

Les signaux étaient meilleurs. Le résultat, lui, ne l’était pas..

Winner – Genesis Magma Racing

© FIA WEC / DPPI – Julien Delfosse

Le classement indique une septième place pour la n°17. La réalité est bien plus complexe.

Genesis est arrivé à Spa avec des interrogations persistantes sur sa fiabilité et en est reparti avec des points mais aussi des enseignements précieux. Une stratégie carburant agressive, une exécution irréprochable et un fonctionnement opérationnel sans faille ont permis à la formation coréenne d’ouvrir son compteur points pour ce qui n’était que la deuxième sortie en compétition de la GMR-001.

Ce résultat doit beaucoup à l’un des paris stratégiques les plus audacieux de l’après-midi.

« C’était une décision très agressive, explique le team principal Cyril Abiteboul. Lors de l’interruption provoquée par la Ferrari n°51, nous avons volontairement fait le plein que partiellement. Nous savions qu’il serait extrêmement difficile d’atteindre l’arrivée, mais nos problèmes moteur nous avaient obligés à réduire les niveaux de puissance, ce qui a également réduit la consommation de carburant. Ce résultat positif nous donne de l’énergie, mais il ne doit pas masquer nos faiblesses. »

L’aspect remarquable mais aussi inquiétant est que ce résultat a été obtenu malgré des problèmes moteur connus et une puissance réduite. Le problème, c’est que l’horloge tourne inexorablement vers les 24 Heures du Mans.

Winner – McLaren / Garage 59

Si l’abandon d’Imola alors que l’équipe avait course gagnée a laissé des cicatrices, Spa les a effacées.

Six heures après s’être élancée depuis la 15e place sur la grille, Garage 59 a offert à McLaren sa première victoire en LMGT3 depuis le Lone Star Le Mans (Austin) l’an passé. Le genre de succès qui récompense davantage la patience que la domination pure.

Antares Au a effacé les dégâts causés par les qualifications. Tom Fleming a maintenu la voiture dans le match. Marvin Kirchhöfer s’est chargé de conclure le travail.

La pénalité qui a finalement coûté la victoire à Vista AF Corse a joué un rôle, mais Garage 59 s’est offert le droit d’en profiter. L’équipe est restée propre, a évité les erreurs et a maintenu la pression jusqu’à ce que Ferrari finisse par céder.

« Après l’immense déception d’Imola, tout le monde a travaillé d’arrache-pied pour que nous rebondissions immédiatement, se félicite Andrew Kirkaldy. Les arrêts aux stands ont été parfaits, les pilotes ont fait un travail fantastique et chaque membre de l’équipe a été au niveau aujourd’hui. Cette victoire est une belle récompense pour tous ces efforts. »

Parfois, l’Endurance récompense l’équipe qui refuse de disparaître. À Spa, cette équipe s’appelait Garage 59.

Loser – Cadillac Team Jota

12 NATO Norman (fra), STEVENS Will (gbr), DELETRAZ Louis (swi), Cadillac Hertz Team Jota, Cadillac V-Series.R #12, Hypercar, 009 RIBERAS Alex (spa), SORENSEN Marco (dnk), Aston Martin THOR Team, Aston Martin Valkyrie #009, Hypercar, action during the TotalEnergies 6 Hours of Spa-Francorchamps 2026, 2nd round of the 2026 FIA World Endurance Championship, from May 7 to 9, 2026 on the Circuit de Spa-Francorchamps in Stavelot, Belgium - Photo Charly López / DPPI
© FIA WEC / DPPI – Charly López

Cadillac est arrivé à Spa avec ce qui ressemblait à l’une de ses meilleures occasions d’empocher la victoire. Le constructeur américain en est reparti avec une neuvième place et davantage de frustration que de confiance à l’approche des 24 Heures du Mans.

Les signaux étaient pourtant encourageants. Les deux V-Series.R s’étaient qualifiées dans le Top 5, la n°12 s’élançait depuis la première ligne et Will Stevens prenait les commandes dès le premier tour. Pendant un temps, Cadillac a véritablement ressemblé à un prétendant à la victoire.

La n°38 n’a – en revanche – jamais eu l’occasion d’écrire sa propre histoire. Un accrochage dès les premiers tours impliquant Earl Bamber, un léger contact avec le mur puis un problème de transmission ont fini par mettre un terme à sa course.

« C’était l’un de ces week-ends où tout semblait enfin se mettre en place, a reconnu Sébastien Bourdais. La voiture était rapide, l’équilibre était bon et nous nous étions bien qualifiés avec les deux voitures. Cela rend l’abandon encore plus difficile à accepter. »

La n°12 n’a finalement guère été plus vernie. Une pénalité pour non-respect des limites de la piste l’a replongée dans le trafic avant qu’un VSC mal tombé et un pari sur des pneus tendres ne compromettent davantage sa course.

Comme l’a expliqué Louis Delétraz :

« Nous nous sommes arrêtés et le VSC est sorti un tour plus tard, ce qui a pratiquement ruiné notre course » a pesté Louis Delétraz

Le résultat ne doit toutefois pas masquer le rythme affiché tout au long du week-end. Cadillac s’est montré rapide en qualifications comme en course et particulièrement à l’aise dans les portions les plus rapides du circuit belge, ce qui est prometteur en vue des 24 heures du Mans

« Nous avons affiché un très bon rythme dans les virages rapides comme dans les lignes droites, a souligné l’ingénieur en chef Jeromy Moore. Il y a beaucoup d’éléments positifs à retenir avant Le Mans. »

Mais pour espérer briller, il faudra réciter une partition avec bien moins de fausses notes.

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