Le retour de Silverstone au calendrier du Championnat du monde d’Endurance en 2027, accompagné d’une extension à neuf manches, est loin de se résumer à l’ajout d’une course supplémentaire.
Pour certains, il s’agit du renouement d’une relation qui n’aurait jamais dû être interrompue. Pour d’autres, c’est la preuve qu’un championnat en pleine confiance se sent désormais capable de voir plus grand. La vérité se situe sans doute entre les deux.
Pourquoi le WEC s’agrandit-il maintenant ?
La première question est évidente : pourquoi 2027 et non 2026 ? Après tout, le WEC n’a sans doute jamais semblé aussi solide. La catégorie Hypercar continue d’attirer les constructeurs, les affluences progressent et le championnat est devenu l’un des produits les plus attractifs du sport automobile.
Pour autant, la prudence est restée un principe directeur ces dernières années. Lors de la présentation des précédents calendriers, le directeur général du WEC, Frédéric Lequien, n’a cessé de rappeler l’importance de maîtriser les coûts et de tenir compte des réalités économiques des équipes. Huit manches constituaient alors un compromis somme toute raisonnable.
Cette philosophie n’a pas disparu. Mais le contexte évolue. Genesis a rejoint le championnat au début de la saison en cours, tandis que Ford et McLaren viendront encore renforcer un plateau Hypercar déjà exceptionnel. Le WEC a passé plusieurs années à se reconstruire avec méthode. Le moment est venu de franchir une nouvelle étape.
Quelle place Silverstone occupe-t-il dans l’histoire de l’endurance ?

Le World SportsCar Championship s’y est rendu pour la première fois en 1976, lorsque John Fitzpatrick et Tom Walkinshaw remportèrent les 6 Heures de Silverstone au volant d’une BMW 3.5 CSL. Un an plus tard, Jacky Ickx et Jochen Mass ajoutèrent Porsche au palmarès avec la 935 avant de récidiver en 1978.
À partir de 1980, Silverstone devint l’un des rendez-vous emblématiques du Championnat du monde des voitures de sport. Les prototypes comme les GT y ont écrit certains des plus beaux chapitres de l’histoire de l’endurance. Derek Bell, Stefan Bellof ou encore Allan McNish comptent parmi les grands noms qui ont marqué le circuit.
Le WEC moderne n’a fait que renforcer ce lien. De 2012 à 2019, Silverstone fut un rendez-vous incontournable du calendrier, servant souvent de manche d’ouverture. La dernière visite remonte à 2019, avec une course de quatre heures remportée par Toyota en lever de rideau de la saison 2019-2020.
Le retour de Silverstone ne relève donc pas uniquement de la nostalgie. Il reconnecte le WEC à un circuit qui fait partie du langage même de l’endurance depuis près d’un demi-siècle. Ce retour sera donc à coup sûr accueilli favorablement par de nombreux puristes, qui critiquaient le fait que 25 % des manches du championnat se disputent dans le Golfe Persique.
Pourquoi Silverstone avait-il disparu ?
L’effondrement de la catégorie LMP1 a contraint le WEC à traverser une période d’adaptation. Entre 2021 et 2022, le calendrier a été réduit à six manches pendant que la catégorie Hypercar prenait son envol.
Des divergences commerciales ont également joué un rôle. Les relations entre le championnat et les promoteurs locaux se sont progressivement tendues, notamment autour de la promotion de l’événement et des conditions financières. À l’époque, le WEC ne disposait pas du pouvoir d’attraction dont il bénéficie aujourd’hui.
Silverstone n’a pas disparu parce qu’il avait perdu sa pertinence. Silverstone a disparu parce que l’endurance cherchait à retrouver son équilibre.

Le WEC présente aujourd’hui un visage radicalement différent. Dans le même temps, plusieurs épreuves du championnat ont battu leurs records d’affluence. Difficile, dans ces conditions, pour Silverstone d’ignorer un championnat qui réunit autant de constructeurs et suscite un tel engouement populaire.
Le WEC a également toutes les raisons de maintenir une présence au Royaume-Uni, berceau d’une grande partie de l’expertise mondiale en ingénierie du sport automobile et cœur de la célèbre Motorsport Valley. La relation a soudainement retrouvé tout son sens.
« Nous sommes ravis de revenir à Silverstone dès la saison prochaine, se félicite Frédéric Lequien, directeur général du WEC. Au-delà des huit superbes manches du FIA WEC qu’il a accueilli de 2012 à 2019, Silverstone est un tracé chargé d’histoire, adoré par les pilotes pour son exigence technique. Nous savons à quel point les fans britanniques sont des passionnés et connaisseurs du sport automobile ; nous sommes ravis de leur offrir à nouveau le spectacle du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. »
Le championnat peut-il vraiment se permettre une neuvième course ?
Combien de courses sont nécessaires ? Quels circuits historiques méritent une seconde chance ? Comment poursuivre la croissance du championnat sans perdre ce qui fait sa singularité ? Pour la première fois depuis longtemps, le WEC semble suffisamment serein pour réfléchir au-delà de la prochaine crise.
Après 2016 et 2017, 2027 deviendra seulement la troisième saison de l’histoire du WEC à proposer un calendrier composé de neuf manches.
« Après plusieurs saisons placées sous le signe de la stabilité, l’engouement suscité par le FIA WEC nous a convaincus que le moment était venu d’élargir notre calendrier, enchaîne Frédéric Lequien. Avec neuf courses incontournables réparties sur cinq régions du monde, nous nous attendons à une nouvelle saison inoubliable ! »

Cette extension entraîne inévitablement une hausse des coûts opérationnels pour les constructeurs, les équipes et les fournisseurs. Ces préoccupations n’ont pas disparu parce que l’Hypercar traverse une période faste. Pendant des années, huit manches ont été considérées comme la formule la plus raisonnable.
Aujourd’hui, une neuvième épreuve n’apparaît plus déraisonnable.
Un calendrier élargi créera-t-il de nouveaux problèmes ?
Le calendrier provisoire de 2027 présente déjà deux conflits majeurs avec la Formule E. Le Qatar devrait se dérouler le même week-end que l’E-Prix de Sanya, tandis que Spa-Francorchamps entrerait en concurrence avec l’E-Prix de Monaco.
Pour de nombreux pilotes, ces chevauchements constitueront un véritable casse-tête logistique. Pour ceux engagés dans les deux championnats, ils pourraient même imposer des choix difficiles.
Le positionnement du Qatar à la fin du mois de mars répond également à une autre contrainte : celle d’éviter un affrontement direct avec les 12 Heures de Sebring, deuxième manche du championnat IMSA. Les deux séries, qui entreront en conflit de dates les week-ends du 10-11 juillet (Sao Paulo / Mosport) et du 25-26 septembre (Fuji / Lime Rock)
Construire un calendrier véritablement mondial n’a jamais été simple. Et le succès ne rend généralement pas l’exercice plus facile.