Quand l’Endurance retrouve son championnat du monde

Ce jour-là – Le 3 juin 2011, la FIA et l’ACO officialisaient la création du FIA World Endurance Championship, près de vingt ans après la disparition du Championnat du monde des voitures de sport.

Le 3 juin 2011, dix-neuf ans après la disparition du Championnat du monde des voitures de sport, la FIA et l’Automobile Club de l’Ouest officialisaient la création d’un nouveau Championnat du monde d’endurance : le FIA World Endurance Championship ou FIA WEC.

Aujourd’hui, alors que les tribunes affichent complet et que les constructeurs se bouscule pour intégrer la catégorie Hypercar, il est facile d’oublier à quel point l’avenir de l’Endurance paraissait incertain il y a une quinzaine d’années. En 2011, le retour d’un championnat du monde était loin d’être acquis.

Le Championnat du monde des voitures de sport – ou WSC – faisait pourtant partie des grandes institutions du sport automobile depuis sa création en 1953, contribuant à bâtir les légendes de Ferrari, Porsche, Jaguar ou encore Mercedes-Benz. Mais au début des années 1990, la discipline est en perte de vitesse. L’explosion des coûts, la diminution des plateaux et la décision controversée de la FIA d’imposer des moteurs atmosphériques de 3,5 litres dérivés de la Formule 1 vont précipiter sa chute.

À l’issue de la saison 1992, le championnat disparaît purement et simplement. Pour la première fois depuis près de quarante ans, l’Endurance n’a plus de championnat du monde à revendiquer.

Le chemin du retour

Les prémices de cette renaissance apparaissent plusieurs années plus tard. L’arrivée d’Audi au Mans, au tournant du siècle nouveau, contribue à maintenir la discipline à flot. Mais l’absence d’une opposition durable limite son rayonnement. La situation évolue en 2007 avec l’engagement de Peugeot au plus haut niveau.

La rivalité entre Audi et Peugeot ne se contente pas de captiver les passionnés : elle démontre également que les constructeurs sont encore prêts à investir massivement dans l’Endurance. En coulisses, les discussions entre la FIA et l’ACO s’intensifient.

La première étape concrète intervient en 2010 avec la création de l’Intercontinental Le Mans Cup (ILMC), une extension mondiale des Le Mans Series. Avec des manches disputées en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, ce championnat offre un aperçu de ce que pourrait devenir un futur championnat du monde.

Jean Todt (Président de la FIA), Wolfgang Ullrich (directeur d’Audi Sport) et Pierre Fillon (Président de l’ACO) – © Audi Sport

Le concept fait ses preuves, à tel point que le 3 juin 2011, à quelques jours du départ des 24 Heures du Mans, la FIA et l’ACO rendent leur projet officiel : le Championnat du monde d’Endurance fera son retour dès 2012.

« Évidemment, le fait de s’associer à la FIA en 2012 a apporté beaucoup de crédibilité au championnat, expliquera plus tard Sébastien Buemi. Et obtenir le statut de championnat du monde lui a donné une dimension supplémentaire. »

La saison inaugurale du WEC débute finalement en mars 2012 à l’occasion des 12 Heures de Sebring. Les 30 engagés du nouveau championnat y rejoignent les concurrents de l’American Le Mans Series pour former une impressionnante grille de 64 voitures. Allan McNish, Tom Kristensen et Rinaldo Capello offrent à l’Audi R18 e-tron quattro la première victoire au classement général de l’histoire du WEC.

Une seconde chance devenue succès

Peu de ceux qui assistaient à cette discrète conférence de presse de juin 2011 auraient pu imaginer ce qu’allait devenir l’endurance quinze ans plus tard. Ferrari a fait son retour au sommet de la discipline pour la première fois depuis un demi-siècle. Porsche, Toyota, Cadillac, BMW, Peugeot, Alpine et Aston Martin ont rejoint les rangs des Hypercars. Genesis est devenu le dernier constructeur à s’engager dans la catégorie, tandis que Ford et McLaren se préparent à suivre le mouvement.

La discipline qui peinait autrefois à justifier son existence est devenue l’une des plus grandes réussites du sport automobile contemporain.

« Je n’ai jamais douté, j’y ai toujours cru », assurait pourtant Pierre Fillon.

Peut-être est-ce là la caractéristique la plus marquante de l’endurance moderne : son histoire n’a jamais suivi une trajectoire linéaire. Mais à chaque obstacle, le championnat a trouvé les ressources nécessaires pour avancer. Le 3 juin 2011, l’endurance ne se contentait pas de lancer un nouveau championnat. Après près de vingt années d’absence, la discipline s’offrait une seconde chance.

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