24 Heures du Mans

Quand Le Mans se gagnait presque seul

Le 25 juin 1950, Louis et Jean-Louis Rosier remportent les 24 Heures du Mans. Une victoire père-fils unique dans l’histoire de l’épreuve, mais dont l’essentiel du récit appartient à un seul homme, resté près de vingt-trois heures au volant de sa Talbot-Lago.

Les Rosier père et fils ont remporté les 24 Heures du Mans 1950. Voilà ce qu’indiquent les feuilles de classement. Le palmarès ne connaît pas les nuances. Depuis soixante-seize ans, il associe Louis et Jean-Louis Rosier aux vainqueurs de la 18e édition de la classique mancelle. Pourtant, ce dimanche 25 juin, un seul homme descend véritablement épuisé de la Talbot-Lago T26 GS n°5.

Son fils a bien conduit. Deux tours selon la version généralement admise, peut-être deux relais selon les dires de l’intéressé. Son père, lui, a en tous les cas passé près de vingt-trois heures au volant. Si l’histoire a retenu une victoire familiale, elle se souvient surtout d’un homme qui a voulu défier en solo ou presque l’une des courses les plus exigeantes de la planète.

Un an après la renaissance des 24 Heures du Mans, épreuve mise sur pause en 1940 pour cause de conflit mondial, la Sarthe retrouve peu à peu son visage d’avant-guerre. Les tribunes se remplissent de nouveau, les constructeurs reviennent et le plateau s’internationalise. Ferrari entend confirmer son succès de 1949, Jaguar effectue ses débuts tandis que Cadillac découvre Le Mans.

Parmi les favoris figure Raymond Sommer, qui fait équipe avec Dorino’ Serafini’. Au volant de sa Ferrari, le Français anime les premières heures. Mais les problèmes mécaniques condamnent progressivement les Italiennes, tant et si bien que Louis Rosier hérite de la tête dès la troisième heure.

Au volant de sa Talbot T26 GS, le pilote auvergnat de 44 ans impose un rythme élevé. À la tombée du jour, il devient d’ailleurs le premier pilote de l’histoire des 24 Heures du Mans à boucler un tour à plus de 160 km/h de moyenne.

Certains spectateurs s’endorment dans l’herbe, tandis que les mécaniques commencent à céder. Les Ferrari disparaissent, les abandons se multiplient et Rosier poursuit sa route. Tout semble si limpide, et pourtant…

« Faut être fou pour faire des trucs comme ça, confiera-t-il dans les colonnes de Ouest-France. Au cours de la nuit, un oiseau s’est écrasé sur mon pare-brise. L’armature de celui-ci restant intacte, je n’ai pas été mis hors de course, mais la force de l’air que je devais vaincre m’a beaucoup fatiguée et je suis courbatu de tout le tronc. »

La Talbot-Lago n°5 a également dû composer avec un autre coup dur. Vers 4 h 30 du matin, une rampe et un support de culbuteur doivent être remplacés. Une réparation longue de trente-huit minutes, ce qui demeure un exploit pour l’époque.

« Sans cela j’aurais fait plus de 100 kilomètres de mieux. » lâchera Louis Rosier après l’arrivée.

C’est à ce moment que Jean-Louis aurait pris le volant. Le jeune homme, âgé de 21 ans, aurait effectué un très court relais avant de rendre la voiture à son père. Deux tours selon la version la plus largement admise.

Louis remonte dans la Talbot. Il n’en lâchera plus le volant. Après avoir repris la tête de la course dans la matinée, il la conduit jusqu’au drapeau à damier, qu’il est le premier à recevoir.

Le duo Louis Rosier / Jean-Louis Rosier reste aujourd’hui le seul équipage père-fils à avoir remporté les 24 Heures du Mans. Mais ce n’est pas cette statistique que l’on retient de l’édition 1950.

Les récits de l’époque attribuent à Louis Rosier près de 23 h 10 de conduite, même si la durée exacte du relais de Jean-Louis demeure discutée. Quoi qu’il arrive, l’exploit restera unique. Le sport a changé depuis longtemps et les temps de conduite sont désormais strictement encadrés. Aucun pilote ne pourrait aujourd’hui rester au volant pendant une durée comparable.

Les Rosier demeurent ainsi une anomalie du palmarès. Deux noms gravés sur le trophée mais près de vingt-trois heures de roulage à mettre au crédit d’un seul homme…

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