Alors que l’ACO et la FIA préparent l’arrivée de la nouvelle génération de LMP2 pour 2028, l’IMSA a choisi une autre trajectoire. En marge des 6 Heures de Watkins Glen, le championnat nord-américain a confirmé qu’il prolongerait d’une saison la carrière des actuelles Oreca 07 avant de basculer vers les nouveaux prototypes en 2029.
Derrière ce simple décalage de calendrier se cache une réalité plus profonde : celle d’une catégorie en bonne santé, que personne ne souhaite brusquer, et d’un paddock où chaque investissement se réfléchit sur plusieurs années.
À quoi ressemblera la nouvelle génération de LMP2 ?
Les LMP2 occupent une place à part dans l’endurance. Elles ne monopolisent ni les projecteurs, mais elles en constituent l’un des piliers. Derrière leurs silhouettes familières se retrouvent des équipes privées, des gentlemen drivers, de jeunes talents en quête d’avenir et des structures qui font vivre les paddocks de l’European Le Mans Series, de l’Asian Le Mans Series et des 24 Heures du Mans.
Après plus d’une décennie de carrière, la génération introduite en 2017 s’apprête enfin à passer le relais. En avril dernier, l’ACO et la FIA ont entériné les contours de la future génération avec une ligne directrice assumée : faire évoluer la recette sans la bouleverser.
« Nous nous appuyons sur une formule qui a fait ses preuves tout en préparant l’avenir : en renforçant la sécurité, en préservant les performances et le plaisir de pilotage, tout en maintenant les coûts sous contrôle pour nos concurrents, résume Pierre Fillon, président de l’ACO. Avec cette nouvelle génération attendue en 2028, la LMP2 continuera d’occuper une place centrale dans le paysage de l’endurance pendant de nombreuses années. »

Les futures LMP2 conserveront un niveau de performance proche de celui des voitures actuelles. Elles seront propulsées par un V6 Gibson turbocompressé de 420 kW, pour un poids cible de 950 kg. L’évolution la plus significative concerne la sécurité, avec une cellule de survie entièrement repensée. Goodyear restera le manufacturier unique.
Autre changement majeur : seuls deux constructeurs fourniront les châssis. Oreca et Ligier Automotive ont remporté l’appel d’offres lancé par l’ACO et la FIA, au détriment notamment de Lola et Tatuus. Dallara et Multimatic, estimant que le marché ne justifiait plus un tel investissement, ont préféré ne pas déposer de candidature.
Cette nouvelle réglementation enterre également une idée longtemps évoquée : rapprocher les plateformes LMP2 de celles des LMDh. Entre contraintes techniques, calendrier et maîtrise des coûts, le projet n’a jamais trouvé sa place. Les deux catégories poursuivront donc leur développement sur des bases distinctes.
L’actuel LMP2, succès ou échec ?
Tout dépend à quel niveau on se place. Lorsque les actuelles LMP2 sont apparues en 2017, quatre constructeurs étaient de la partie : Oreca, Ligier, Dallara et Riley-Multimatic. Sur le papier, la bataille promettait d’être ouverte. Sur la piste, elle a rapidement tourné court. Très vite, choisir une Oreca 07 n’était plus réellement un choix. C’était presque un prérequis pour espérer gagner.
La voiture française s’est imposée comme la référence absolue, au point de transformer progressivement la catégorie en championnat monotype. Les autres constructeurs ont peu à peu disparu des grilles. En endurance, où la fiabilité, la facilité d’exploitation et le suivi-client comptent autant que la performance pure, les équipes ont naturellement convergé vers la même solution.

Cette domination, combinée à un marché désormais plus restreint depuis la disparition des LMP2 du Championnat du monde d’endurance fin 2023, explique en partie les choix retenus pour la future réglementation. L’objectif n’est plus de multiplier les constructeurs, mais de garantir une plateforme économiquement viable sur le long terme.
Ironie de l’histoire, cette génération, dont le remplacement a été repoussé à plusieurs reprises, aura finalement disputé plus de dix saisons. Une longévité rare qui témoigne autant de sa maturité technique que de sa capacité à répondre aux attentes des équipes privées. Et son histoire n’est pas encore terminée.
Pourquoi l’IMSA attendra une année de plus
Dans ce contexte, l’annonce de l’IMSA apparaît presque comme une évidence. Le championnat américain continuera d’utiliser les actuelles Oreca 07 jusqu’à la fin de la saison 2028 avant d’introduire les nouvelles voitures lors des 24 Heures de Daytona 2029.
Le choix répond d’abord à une logique économique. Depuis le retrait des LMP2 du WEC à l’issue de la saison 2023, l’IMSA est devenue leur principal terrain d’expression au plus haut niveau. Les plateaux sont solides, les équipes disposent d’un matériel parfaitement amorti et rien ne justifie de précipiter un renouvellement.
« L’une de nos principales priorités est de donner aux concurrents de l’IMSA suffisamment de visibilité pour préparer l’avenir, explique John Doonan, président de l’IMSA. Cette annonce apporte des orientations claires, tant aux équipes actuellement engagées en LMP2 qu’à celles qui pourraient rejoindre la catégorie. Elle leur permet d’anticiper le calendrier d’utilisation des voitures actuelles comme l’investissement nécessaire à l’arrivée de la nouvelle génération en 2029. »

« Le LMP2 connaît actuellement un bel essor. Nous sommes convaincus que cette dynamique se poursuivra jusqu’au terme de la génération actuelle avant de se prolonger avec les débuts des nouvelles voitures. »
Ce décalage offrira aussi un avantage non négligeable. Pendant que les championnats organisés sous l’égide de l’ACO lanceront la nouvelle réglementation en 2028, l’IMSA pourra observer son comportement en conditions réelles, laisser passer les inévitables ajustements des premiers mois et introduire les nouvelles voitures avec davantage de recul.
L’IMSA n’a pas choisi de retarder l’avenir ; elle a simplement décidé de laisser la génération actuelle aller au bout de son histoire avant d’écrire la suivante. Elle rappelle simplement qu’ici, la stabilité reste souvent le meilleur moyen de préparer l’avenir.