Le Championnat du monde d’Endurance a pris l’habitude de s’adapter. Les règlements évoluent, les constructeurs arrivent et repartent, les calendriers changent au fil des saisons. En revanche, il est beaucoup plus rare que LMEM soit contraint de bouleverser le calendrier d’une saison en cours.
C’est déjà arrivé, en raison de la pandémie de Covid-19 ou encore suite à des différents avec l’ex-promoteur local des 6 Heures de São Paulo durant la saison 2019-20. Mais pour des raisons géopolitiques, c’est une première.
Qu’a annoncé le WEC ?

Initialement reportée du 28 mars au 24 octobre, l’édition 2026 des 1812 km du Qatar a finalement été annulée. Même sort pour les 8 Heures de Bahreïn, prévues le 7 novembre. À la place, le WEC terminera sa saison en Europe.
“Nous avons attentivement suivi la situation au Moyen-Orient ces derniers mois » a souligné le président du WEC Frédéric Lequien. « Si nous étions encore optimistes, il y a quelques semaines, quant à la tenue des 1 812 km du Qatar et des Bapco Energies 8 Heures de Bahreïn, la situation actuelle nous contraint malheureusement à opter pour une solution de repli.«
L’annonce ne fait que confirmer ce que beaucoup pressentaient déjà dans le paddock. Si la situation dans le Golfe est aujourd’hui plus stable qu’au plus fort de l’escalade militaire survenue plus tôt dans l’année, les tensions impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis continuent d’alimenter un climat d’incertitude.
Or, pour un championnat qui déplace des centaines de personnes et des centaines de tonnes de matériel à travers le monde, l’incertitude est un risque qu’il est difficile d’accepter.
Barcelone accueillera donc le championnat le 18 octobre, avant une finale programmée à Monza le 8 novembre.
Pourquoi le WEC ne peut-il plus se rendre dans le Golfe Persique ?

L’Endurance moderne repose sur l’une des organisations logistiques les plus complexes de la planète sport automobile. Constructeurs, fournisseurs, manufacturier de pneus, diffuseurs et partenaires logistiques travaillent selon des plannings établis plusieurs mois à l’avance. Le moindre imprévu se répercute rapidement sur l’ensemble de la chaîne.
La sécurité constitue naturellement un premier facteur. Les politiques internes des entreprises en sont un autre.
« D’un point de vue logistique, il était impératif de se prononcer dès à présent, afin de permettre aux constructeurs, aux écuries et au FIA WEC de prendre toutes les dispositions nécessaires » a ajouté Frédéric Lequien.
Plusieurs multinationales impliquées dans le championnat interdisent à leurs salariés de se rendre dans certaines régions du globe en temps de confits. D’autres ont considérablement durci leurs règles de déplacement ces derniers mois, compliquant toujours davantage la venue des ingénieurs, fournisseurs et partenaires techniques.
Pour LMEM, relocaliser les deux dernières manches est finalement apparu comme la seule solution réaliste pour garantir le bon déroulement du championnat sans créer davantage d’incertitudes pour les concurrents comme pour l’ensemble des parties prenantes.
Le WEC a déjà dû s’adapter à des circonstances exceptionnelles. Cette fois, toutefois, les raisons dépassent largement le cadre du sport automobile.
Pourquoi Barcelone et Monza ?

Une fois la décision prise de rester en Europe, le nombre de solutions crédibles s’est rapidement réduit. À cette période de l’année, opter pour le nord de l’Europe aurait entraîné diverses difficultés : journées plus courtes, températures plus basses et risque accru de mauvaises conditions météorologiques. Le sud vu Vieux Continent s’est fort logiquement imposé.
Portimão figurait parmi les circuits étudiés. D’autant que l’Autódromo Internacional do Algarve a déjà accueilli le WEC en 2021 et 2023. Mais alors que la disparition des manches du Qatar et de Bahreïn représente déjà un manque à gagner pour LMEM, miser sur un circuit dont l’affluence reste plus qu’incertaine n’avait guère de sens.
Barcelone s’est donc rapidement imposé comme une évidence. Le circuit catalan est devenu l’un des rendez-vous les plus populaires de l’European Le Mans Series, tandis que sa situation géographique et la qualité de ses infrastructures en faisaient un candidat naturel pour un championnat en quête de certitudes.
Pour rappel, la seule visite du WEC en ces lieux remonte aux 23 et 24 juillet 2019, lorsque le circuit avait accueilli le Prologue précédant la saison 2019-2020.
Même si le début du mois de novembre en Lombardie est nettement moins prévisible que le climat de Bahreïn, Monza s’imposait tout autant. Au-delà de son histoire avec le WEC, le Temple de la Vitesse offre au championnat l’opportunité de conclure sa saison sur les terres de Ferrari, où l’affluence ne devrait poser aucun problème.
Le circuit italien a accueilli le WEC à trois reprises. Toyota s’y est imposé en 2021 et 2023, tandis qu’Alpine y avait décroché sa première victoire au classement général en 2022.
Un bouleversement qui soulève plusieurs questions
L’ACO a bien évidemment tout fait pour trouver une solution permettant au championnat de se rendre au Moyen-Orient. Le manque à gagner est considérable puisque le Qatar et Bahreïn versent des droits d’accueil pour organiser une manche du WEC, une source de revenus essentielle à l’équilibre économique du championnat.
Si celui-ci est aujourd’hui suffisamment solide pour absorber un tel choc, les conséquences financières n’en demeurent pas moins importantes.
Sur le plan sportif, si remplacer les circuits s’est révélé relativement simple, préserver l’équité du championnat s’annonce plus délicat.
L’arrivée de Barcelone crée immédiatement un conflit de calendrier avec la finale du GT World Challenge Europe à Portimão. Trois équipes et pas moins de dix-neuf pilotes sont directement concernés. Certains pourraient ainsi devoir faire des choix et revoir leurs équipages.
Par ailleurs, le calendrier initial comprenait une course de dix heures au Qatar et une finale de huit heures à Bahreïn, toutes deux dotées d’un coefficient 1,5 (38 points pour les vainqueurs). Elles sont désormais remplacées par deux courses de six heures attribuant le barème classique, soit 25 points pour les vainqueurs.
Pour certains, cette évolution modifie inévitablement la physionomie de la lutte pour les titres. Remplacer deux épreuves longues par deux courses de six heures change à la fois la difficulté sportive et les calculs du championnat.
Cependant, organiser des courses de huit ou dix heures à Barcelone ou à Monza fin octobre et début novembre aurait posé des difficultés évidentes, notamment en matière de luminosité et de conditions météorologiques.
Reste désormais à savoir si ce calendrier remanié influencera réellement l’issue des différents championnats. Une chose est certaine : la priorité était d’assurer la continuité de la saison. Les éventuelles conséquences sportives, elles, ne se mesureront qu’au soir des 6 Heures de Monza.