Que pouvait devenir Viry-Châtillon sans moteur de Formule 1 et, bientôt, sans programme Hypercar ? La question se posait depuis plusieurs mois. Renault Group lui apporte une première réponse avec un accord de cession d’Alpine Racing SAS à Dumarey, spécialiste belge des systèmes de propulsion.
Quelque 150 emplois doivent être préservés. Une fois l’opération finalisée, l’entité passera sous la marque et la direction de Dumarey. Les conditions financières n’ont pas été communiquées.
Pour Renault, cette cession marque une nouvelle étape dans le désengagement de ses activités historiques de motoriste. Pour Viry, elle offre une perspective après deux années durant lesquelles les projets censés assurer sa reconversion ont peiné à donner suffisamment de travail au site.
Un demi-siècle d’histoire en Formule 1
Difficile de mesurer la portée de cette opération sans rappeler ce qu’était Viry-Châtillon. Amédée Gordini y installe ses activités en 1969, avant que le site ne devienne le centre des activités moteurs de Renault Sport. C’est de là que sortiront les mécaniques ayant accompagné près d’un demi-siècle d’histoire du Losange en Formule 1.
Le V6 turbo des débuts, les V10 dominateurs des années 1990, puis les V8 associés aux succès de Renault et de Red Bull : plusieurs générations d’ingénieurs y ont construit l’un des plus beaux palmarès de la discipline. Douze titres mondiaux des Constructeurs et onze couronnes Pilotes ont été remportés avec des moteurs Renault.
Cette histoire s’est achevée fin 2025. Le 30 septembre 2024, Renault avait confirmé l’arrêt de son programme moteur F1, renonçant au groupe propulseur en préparation pour la nouvelle réglementation. Depuis cette saison, Alpine est cliente de Mercedes. Le châssis reste conçu à Enstone, mais Viry n’en développe plus le moteur.
Hypertech, une reconversion sans activité suffisante
Le projet présenté à l’époque devait pourtant permettre de conserver les compétences au sein de Renault Group. Rebaptisé Hypertech Alpine, Viry devait travailler sur la future supercar de la marque, les batteries, les moteurs électriques et des prestations d’ingénierie pour des clients extérieurs. Les programmes sportifs devaient également contribuer à cette reconversion.
Une cellule de veille F1 avait même été annoncée, tandis que chaque salarié concerné devait se voir proposer un poste dans la nouvelle organisation.
Mais quelle activité pour occuper les quelque 300 à 350 salariés du site ? Le programme Endurance ne pouvait suffire. Ses besoins étaient sans commune mesure avec ceux d’un département moteur de Formule 1, d’autant que le propulseur de l’A424 était déjà conçu (par Mecachrome) et homologué. Quant au Dacia Sandrider, construit au Royaume-Uni et dont le moteur est produit au Japon, il ne pouvait guère davantage remplir les ateliers de Viry.
Selon nos informations, BYD, Geely ou encore Cadillac ont visité les installations. Cela ne signifie pas que chacun envisageait leur rachat, mais les équipements et les compétences de Viry ont bien suscité de l’intérêt. C’est finalement avec Dumarey que Renault Group a trouvé un accord.
L’A424 avait repris le relais, à une autre échelle
Viry avait pourtant renforcé son rôle dans le programme Hypercar. Au cours de la saison 2025, Alpine y avait rapatrié l’assemblage du V6 turbo de l’A424, jusque-là assuré par Mecachrome.
L’assemblage, les essais au banc et les travaux de développement, notamment ceux consacrés à la fiabilité, étaient désormais réalisés en interne. Cette réorganisation permettait de donner du travail aux équipes de Viry tout en renforçant la maîtrise du programme moteur. Elle intervenait toutefois au moment où l’avenir sportif d’Alpine commençait lui-même à susciter des interrogations.
L’arrêt du programme Hypercar au terme de 2026 a ensuite fragilisé cette activité à son tour. Et les discussions avec Geely, qui auraient pu permettre à l’A424 de poursuivre sa carrière sous une autre identité, n’ont pas abouti, comme nous l’avons révélé.
Quels moteurs demain à Viry ?
Anciennement connu sous le nom de Punch, Dumarey est un groupe familial belge spécialisé dans le développement et la production de systèmes de propulsion. Moteurs, transmissions, récupération d’énergie : ses activités couvrent plusieurs domaines dans lesquels les installations de Viry peuvent présenter un intérêt. Le groupe a notamment repris ZF Bouthéon en 2023.
Il possède aussi, avec Dumarey Green Power, une technologie de stockage d’énergie par volant d’inertie initialement développée pour la Formule 1, puis adaptée à des applications industrielles.
Dumarey reprend donc une structure disposant de moyens et de compétences rares, mais dont Renault a progressivement retiré les programmes. La sauvegarde annoncée de quelque 150 emplois apporte une première réponse aux inquiétudes des salariés. Reste à trouver les contrats qui permettront de les pérenniser.