Comment Paul Newman a gagné le respect du Mans

L’histoire a retenu les 24 Heures du Mans 1979 comme la course de la victoire manquée de Paul Newman. Mais l’essentiel était ailleurs. En l’espace de 24 heures à La Sarthe, l’une des plus grandes vedettes d’Hollywood a conquis quelque chose qu’aucun trophée ne saurait garantir : le respect du monde de l’endurance.

Lorsque Paul Newman arrive au Mans en juin 1979, il est déjà l’un des hommes les plus célèbres de la planète. Le grand public le connaît grâce à Luke la main froideButch Cassidy et le Kid ou encore L’Arnaque. Son visage illumine les écrans du monde entier. À 54 ans, il figure parmi les acteurs les plus emblématiques d’Hollywood.

Mais dans le paddock, la célébrité n’a qu’une valeur très relative. Le Mans a déjà vu défiler des vedettes. Ce qui compte ici, c’est de savoir piloter.

Newman est loin d’être un novice en sport automobile. Une décennie s’est écoulée depuis Virages (Winning), le film qui a fait naître sa passion pour la compétition. Depuis, il s’est investi corps et âme dans la course aux États-Unis, passant du statut d’amateur enthousiaste à celui de pilote accompli. Il s’est forgé une réputation d’homme abordant ce sport avec sérieux et humilité.

Mais Le Mans est différent. Les 24 Heures demeurent l’étalon à l’aune duquel sont jugés les pilotes d’endurance, une course capable de révéler les faiblesses aussi vite qu’elle récompense le talent. Newman arrive avec de l’expérience, mais aussi avec quelque chose à prouver.

Sa monture est une Porsche 935 engagée par Dick Barbour Racing. À ses côtés figurent le propriétaire de l’équipe Dick Barbour et Rolf Stommelen, l’un des spécialistes les plus respectés chez Porsche qui arrive fort de deux victoires de catégorie. Si Newman attire les projecteurs, Stommelen apporte la crédibilité sportive. L’Allemand compte parmi les pilotes les plus rapides et expérimentés du plateau.

Au fil des heures, la Porsche s’installe discrètement parmi les prétendants. Les conditions sont difficiles. La pluie balaie régulièrement le circuit, contribuant à faire de cette édition une course où la fiabilité compte autant que la vitesse pure. Tout au long de la nuit, les favoris sont victimes de problèmes mécaniques, d’accidents ou de contretemps.

The Porsche 935: A Racing Icon

La Porsche rouge vif, elle, continue sa route. Stommelen affiche le rythme attendu de sa part. Barbour met son expérience au service de l’équipe. Quant à Newman, il apporte quelque chose de moins spectaculaire mais tout aussi précieux en endurance : la régularité.

Pas de relais de légende ni de remontées héroïques à travers le peloton. Tour après tour, il évite les erreurs, maintient un rythme constant et contribue à maintenir la voiture dans la lutte. Exactement ce dont son équipe a besoin. À mesure que le dimanche matin approche, la physionomie de la course prend une tournure inattendue.

Devant eux ne subsiste plus que la Porsche 935 K3 du Kremer Racing pilotée par Klaus Ludwig et les frères Bill et Don Whittington. La victoire reste improbable, mais elle n’appartient plus au domaine de l’impossible. Puis survient l’instant qui va faire basculer la course.

Peu avant midi, la Porsche de tête est victime d’une rupture de la courroie d’entraînement de l’injection sur la ligne droite des Hunaudières. Ce qui ressemblait jusque-là à une avance confortable s’évapore brutalement. Pendant quelques instants, l’une des histoires les plus improbables de l’histoire du Mans semble à portée de main. Mais la course réserve un dernier rebondissement.

Dans l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire de l’épreuve, la Porsche 935 K3 n°41 parvient à poursuivre sa route grâce à une ingénieuse réparation de fortune imaginée par Manfred Kremer à l’aide d’adhésifs et d’une courroie d’alternateur. Don Whittington effectue lui-même la réparation sur le bord de la piste avant de ramener la Porsche meurtrie jusqu’aux stands, plus d’une heure après son immobilisation. Les leaders ont perdu un temps considérable, mais ils sont toujours en course.

Presque au même moment, la malchance frappe le clan Barbour. Un écrou de roue grippé lors d’un arrêt de routine coûte plus de vingt minutes à l’équipage. Ce retard réduit à néant leurs derniers espoirs réalistes de victoire. Stommelen donne tout lors des ultimes heures, mais le terrain perdu ne peut être récupéré.

Lorsque le drapeau à damier est finalement abaissé, la Porsche du Kremer Racing mène toujours la danse. Newman, Barbour et Stommelen terminent deuxièmes au classement général, mais ce résultat demeure l’une des deuxièmes places les plus marquantes de l’histoire des 24 Heures du Mans, non seulement en raison du nom figurant sur la liste des engagés, mais aussi pour ce qu’elle a révélé.

Pendant des années, Paul Newman a été perçu à travers le prisme de sa célébrité. Au Mans, la notoriété n’offre aucun passe-droit. La course exige de chacun la même discipline, la même patience et la même résilience. Pendant 24 heures, Newman a démontré qu’il était capable d’être à la hauteur de ces exigences. Son exploit ne réside ni dans un dépassement spectaculaire, ni dans une pole position, ni même dans une victoire. Il est plus discret que cela.

Paul Newman a prouvé qu’il avait sa place dans l’un des environnements les plus exigeants du sport automobile, non pas comme une célébrité invitée, mais comme un véritable compétiteur. Un moment à jamais gravé dans l’histoire des 24 Heures du Mans…

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