La pole n’a jamais garanti la victoire aux 24 Heures du Mans. En 24 heures, trop de choses peuvent arriver pour tirer des conclusions définitives à l’issue d’un simple exercice chronométré.
Mais la soirée de jeudi a malgré tout livré quelques indices précieux. Certains constructeurs ont quitté le circuit avec une confiance décuplée. D’autres sont repartis avec davantage de questions que de certitudes.
De la pole historique de BMW au coup d’arrêt subi par Toyota, voici les gagnants et les perdants de l’Hyperpole des 24 Heures du Mans 2026.
Winner – BMW
Le retour de BMW au plus haut niveau de l’Endurance s’est construit patiemment. À petits pas. Des progrès discrets, mais concrétisés par ce premier succès décroché par la M Hybrid V8 aux 6 Heures de Spa-Francorchamps début mai.
Mais ce soir Dries Vanthoor a offert à la marque bavaroise une petite part de son histoire mancelle. Jamais BMW n’avait décroché la pole position des 24 Heures du Mans. Depuis ce soir, ce tort est réparé.
Certes, le scénario final doit beaucoup à l’annulation du chrono signé par la Cadillac n°38. Mais réduire cet exploit à une simple décision administrative serait profondément injuste. La M Hybrid V8 n°15 a affiché un rythme solide tout au long de la semaine. Et lorsque le moment est venu de conclure, Vanthoor a répondu présent. Robin Frijns, quatrième sur la grille, a confirmé la force du collectif WRT.
« Décrocher la toute première pole position de BMW au Mans est tout simplement fantastique, savoure Andreas Roos, directeur de BMW M Motorsport. Nous allons profiter de voir notre BMW M Hybrid V8 en tête de grille samedi, mais notre attention est déjà tournée vers la course. »
Le timing ne pouvait être meilleur. Revigoré par sa première victoire en WEC à Spa-Francorchamps, BMW M Team WRT aborde ce rendez-vous avec une confiance qui lui a longtemps fait défaut.
Loser – Cadillac
Jack Aitken avait pourtant tout fait parfaitement. Le tour en lui-même, qui lui avait permis de souffler la pole à son adversaire belge pour 0.005s était remarquable. Pendant quelques minutes, Cadillac a bien cru tenir sa deuxième pole position de rang aux 24 Heures du Mans. Puis est tombée la sanction.
Une erreur de procédure a privé la Cadillac n°38 de sa récompense, transformant l’euphorie en frustration. La raison : en début de séance, le Britannique a glissé sa V-Series.R sur la fast lane avant d’en avoir reçu l’ordre par la direction de course. Aitken, lui, a préféré retenir l’essentiel.
« Cela montre que nous avions une excellente pointe dee vitesse, avec le meilleur temps, le troisième chrono et trois Cadillac en Hyperpole 2. La voiture est vraiment performante. »
Et c’est peut-être là le principal enseignement de cette soirée. Cadillac n’a pas décroché la pole, mais le constructeur américain a démontré posséder quelque chose d’encore plus précieux : le potentiel pour aller chercher la victoire dimanche. Or, ce n’était clairement pas le cas il y a un an quand le constructeur américain avait monopolisé la première ligne de la grille de départ.

Winner – Alpine
Alpine a attaqué l’Hyperpole avec de grands espoirs. Elle en est repartie avec des certitudes. Meilleur temps de l’Hyperpole 1 grâce à Charles Milesi, puis troisième place sur la grille : la marque française a validé les progrès d’un programme qui a parfois dû apprendre sous le regard de tous.
Fait révélateur : si le chrono de Milesi avait été réalisé en Hyperpole 2, l’Alpine A424 n°35 se serait élancée depuis la première ligne.
« Les essais nous ont permis de progresser malgré des conditions parfois délicates, explique le Français. Cette troisième place est un résultat positif. Je suis convaincu que nous avons le rythme pour jouer devant si nous réalisons une course propre. »
Sous la pression qui accompagne inévitablement une marque française au Mans, Alpine a répondu avec calme et maîtrise. Qu’en sera-t-il ce week-end ? C’est maintenant ou jamais.
Loser – Toyota

Peu d’épreuves enseignent l’humilité aussi efficacement que les 24 Heures du Mans. Toyota le sait mieux que quiconque. Cinq victoires ne mettent pas à l’abri des mauvaises soirées. Jeudi, aucune des deux TR010 Hybrid n’a réussi à atteindre l’Hyperpole 2.
« Honnêtement, cela n’a pas été une bonne journée, reconnait Sébastien Buemi. Ryō avait le potentiel pour aller plus vite, mais il a été gêné lors de son dernier tour lancé. Ce n’est pas idéal de partir aussi loin, mais nous allons rester concentrés sur notre objectif. »
Toyota reste Toyota. L’expérience accumulée au fil des années interdit de l’écarter trop rapidement. Mais si l’on nous avait demandé il y a encore vingt-quatre heures si le constructeur japonais figurait parmi les grands favoris, la réponse aurait sans doute été évidente. Ce soir, elle l’est beaucoup moins.
Winner – Genesis
Genesis est venu au Mans pour apprendre. Le constructeur coréen pourrait bien avoir découvert quelque chose de plus encourageant encore : qu’il est déjà capable de rivaliser avec les références de la catégorie. Sur un tour tout du moins.
Malgré un changement de moteur sur la n°19 entre les essais et l’Hyperpole, les deux GMR-001 se sont hissées en Hyperpole 2. Plus impressionnant encore, leur vitesse pure n’a laissé personne indifférent.

Mathys Jaubert a placé la n°17 au troisième rang de l’Hyperpole 1, à seulement 0″108 du meilleur temps de Charles Milesi. Quant à la n°19, elle a poursuivi sur sa lancée en décrochant la sixième place sur la grille, devant Aston Martin et Ferrari. Et ce malgré un moteur chargé entre les EL et les qualifications.
Des journées plus compliquées viendront forcément. Mais pour un programme qui découvre encore les exigences du très haut niveau, cette Hyperpole a ressemblé à une déclaration d’intention.
Loser – Ferrari
Il y a un an, Ferrari quittait Le Mans avec un nouveau trophée. Cette fois, l’Hyperpole a mis en lumière une fragilité inhabituelle.
Seule la 499P n°51 est parvenue à atteindre l’ultime séance, pour finalement être classée huitième. La n°50 n’a jamais réussi à franchir le cap de l’Hyperpole 1. Quant à la Ferrari jaune n°83 d’AF Corse, victorieuse l’an passé, elle s’élancera depuis la 17e place après avoir terminé avant-dernière des qualifications mercredi soir.
Rien de tout cela n’efface le savoir-faire de Ferrari sur une course de 24 heures. Et puis, après tout, une seule 499P avait atteint l’Hyperpole 2 l’an dernier. On connaît la suite de l’histoire…
Winner – Forestier Racing by Panis Racing
Esteban Masson a signé l’un des tours les plus bluffants de cette soirée mancelle, plaçant Forestier Racing by Panis Racing au sommet de la hiérarchie avant qu’une pénalité ne vienne rebattre les cartes.
Sur un circuit où l’expérience fait souvent la différence, le protégé de Toyota a fait preuve d’un sang-froid remarquable. Au moment décisif, il s’est montré intraitable.
Mais l’Oreca 07 n°29 ne partira pas depuis la pole. Accusée d’avoir gêné une GT pendant les qualifications, elle a écopé d’une place de pénalité sur la grille. Mais au Mans, les feuilles de classement ne racontent pas toujours toute l’histoire.
Au-delà de la frustration, cette Hyperpole a surtout confirmé une chose : Forestier Racing by Panis Racing possède les armes pour jouer les premiers rôles, elle qui a vu la victoire lui a échappé dans les trente dernières minutes de course l’an passé. La pole s’est échappée. Pas le message..

Winner – Mattia Drudi
La régularité fait rarement les gros titres. Au Mans, elle mériterait pourtant davantage de reconnaissance. Mattia Drudi a décroché sa deuxième pole position consécutive en LMGT3, une performance qui ne doit rien au hasard et beaucoup à l’excellence de son exécution.
Cette année, l’Italien a même évolué sur une autre planète. Plus d’une seconde séparait son chrono de celui de son plus proche poursuivant, son compatriote Alessio Rovera au volant de la Ferrari 296 LMGT3 n°21.
Le plus difficile commence désormais. Sur 24 heures, la pole ne représente qu’une ligne sur une feuille de temps.
Mais avec quatre constructeurs différents dans le top 5, la catégorie LMGT3 s’annonce plus ouverte – et plus passionnante – que jamais.