Road America : les winners & losers d’une course qui pourrait tout changer
, par Thibaut Villemant
Pour sa première en tant que manche de la Michelin Endurance Cup, l’IMSA SportsCar Grand Prix a tenu toutes ses promesses. Du spectacle, des rebondissements jusqu’au dernier quart d’heure, quelques contacts litigieux… et ce, dans toutes les catégories.
Les vainqueurs en GTP et en GTD Pro ont de quoi surprendre, tandis que cette épreuve pourrait bien avoir marqué un tournant dans la lutte pour les différents titres.
Dans le Wisconsin, la course a été interrompue à neuf reprises. Certains sont repartis avec le sourire, d’autres avec de sérieux regrets.
Winner – Wayne Taylor Racing
Il aura fallu patienter plus de deux ans pour revoir Wayne Taylor Racing sur la plus haute marche du podium. La dernière victoire de l’écurie remontait au 1er juin 2024, dans les rues de Detroit. Ricky Taylor et Filipe Albuquerque offrent également à l’équipe son tout premier succès avec la Cadillac V-Series.R.
La journée est d’autant plus belle que la Cadillac n°40 de Louis Delétraz et Jordan Taylor complète le podium au troisième rang, son premier top cinq de la saison. Il s’agit du week-end le plus réussi de Wayne Taylor Racing en GTP depuis deux saisons.
« Felipe et moi avons douté de nous-mêmes, tout comme l’équipe a douté d’elle-même, a reconnu Ricky Taylor. Mais nous sommes restés soudés. Personne n’a cherché un responsable. Nous savions que ce moment finirait par arriver et nous avons continué à croire en notre groupe. »
«Individuellement, cela a été très difficile. Je suis tellement heureux pour tous les gars. L’équipe avait vraiment besoin de cette victoire. C’est une base sur laquelle nous pouvons désormais construire. »
Le plus impressionnant n’est pas tant cette deuxième place que le contexte dans lequel elle est obtenue. JDC-Miller Motorsports reste une structure privée, Kaylen Frederick et Tijmen van der Helm ne disposent pas du pedigree des équipages officiels… et pourtant, course après course, Heinrich continue de faire vaciller les usines.
Loser – Jack Aitken
Au moment où nous écrivons ces lignes, l’IMSA n’avait toujours sanctionné ni Jack Aitken ni Kévin Estre. Les deux hommes, alors deuxième et troisième, sont entrés en contact lors de la dernière relance, à onze minutes du drapeau à damier, provoquant l’abandon de la Cadillac n°31 et de la Porsche n°6.
Un coup d’arrêt qui fait tache dans la saison jusque-là parfaite de Jack Aitken. Les responsabilités sont probablement partagées, comme l’a lui-même reconnu Kévin Estre. Mais pourquoi diable le Britannique a-t-il pris autant de risques alors qu’un neuvième podium consécutif lui tendait les bras ?
« C’est un peu triste pour le sport automobile de voir certains pilotes devoir en arriver à sortir leurs adversaires pour conserver leur position, regrettait un Earl Bamber pas du genre à mâcher ses mots. Pour moi, les images parlent d’elles-mêmes… »
En quelques secondes, Jack Aitken a fait voler en éclats un excellent résultat et une très belle opération au championnat, alors qu’il devançait tous ses principaux rivaux.
Qu’il soit responsable ou non de l’accrochage, le pilote Cadillac aurait eu tout intérêt à faire preuve de davantage de retenue. S’il conserve les rênes du général, il voit son avance fondre. Il est sans nul doute le grand perdant d’une journée jusque-là idyllique.
Winner – Pfaff Motorsports
Celle-là, peu de monde l’avait vu venir. Quelques jours après que la Lamborghini Temerario GT3 s’est offert – en DTM grâce à Mirko Bortolotti – son premier succès, Pfaff Motorsports permet à la dernière GT3 frappée du taureau de décrocher sa deuxième victoire, mais surtout sa première en endurance.
L’introduction d’un nouveau système de freinage pour cette épreuve a permis aux pilotes de gagner en confiance. Mais c’est surtout les paris stratégiques et la réussite qui ont permis à l’équipe canadienne de rafler la mise.
« Je remercie tous les partenaires qui sont restés à nos côtés pendant les périodes difficiles, a reconnu Steve Bortolotti, directeur général de Pfaff Motorsports. Dès les premiers essais de la voiture, en juin dernier, j’avais été impressionné par sa fiabilité.Les performances viendront avec le temps. »
Pfaff Motorsports n’avait plus gagné depuis les 12 Heures de Sebring 2023, et met ainsi fin à une série de 36 courses sans victoire. Pour rappel, l’écurie a décroché les titres IMSA GTD en 2021 puis GTD Pro en 2022 avec Porsche.
La mauvaise opération est pour les leaders du championnat Connor de Philippi et Neil Verhagen, puisque la BMW M4 GT3 n°1 du Paul Miller Racing a été contrainte à l’abandon sur sortie de piste. De quoi permettre aux duos Harry King / Nick Tandy (AO Racing) et Alexander Sims / Nick Catsburg (Corvette Racing by Pratt Miller) de remonter dangereusement.
Loser – Aston Martin & Acura
Pendant quelques instants, Aston Martin a cru tenir le meilleur résultat de l’histoire de la Valkyrie LMH. Roman De Angelis a franchi la ligne d’arrivée au deuxième rang, derrière la Cadillac n°10 de Wayne Taylor Racing. Une performance qui aurait constitué le meilleur résultat de la britannique, tous championnats confondus.
Mais la joie fut de courte durée. Roman De Angelis a écopé d’un drive-through pour un contact, reléguant l’unique LMH engagée à la cinquième place.
La déception était tout aussi grande chez Acura Meyer Shank Racing. Partie de la pole position, la n°93 a finalement échoué au pied du podium après avoir perdu gros à la suite d’une pénalité.
« Nous avons perdu les capteurs de couple moteur, ce qui nous a obligés à réduire la puissance, expliquait Renger van der Zande. À partir de ce moment-là, nous étions des cibles faciles ».
Comme si cela ne suffisait pas, la n°60 n’a même pas vu l’arrivée. À moins de vingt minutes du but, Tom Blomqvist est parti à la faute dans le dernier restart et a terminé sa course dans le mur.
Si The Heart of Racing peut quitter le Wisconsin avec le sentiment du devoir accompli, pour Acura, en revanche, le temps est compté. Le constructeur japonais n’a plus que deux occasions d’offrir à l’une des GTP les plus titrées de l’IMSA la victoire d’adieu qu’elle mérite.
Winner – Inter Europol Competition
Course après course, un constat s’impose : il est regrettable que les discussions entre Inter Europol Competition et Acura/Honda pour un programme Hypercar en WEC n’aient jamais abouti.
Et, course après course, une autre question revient : comment Tom Dillmann peut-il encore ne pas disposer d’un volant dans la catégorie reine ?
Avec Jeremy Clarke et Bijoy Garg, il a parfaitement maîtrisé les nombreux restarts pour offrir à Inter Europol Competition une deuxième victoire en IMSA cette saison. Au jeu des 50% des meilleurs tours en course, il a collé 0 »4 à la concurrence.
« Mes deux équipiers ont fait un travail fantastique, a insisté le Français. Nous avons parfois manqué de réussite, notamment lors d’une neutralisation alors que nous comptions vingt secondes d’avance. Mais, au final, nous avons contrôlé la course. Nous avions le rythme pour gérer toutes les relances. Parmi nos victoires cette saison, c’est probablement celle où nous avons le plus dominé ».
Le trio devance l’Oreca n°04 de CrowdStrike Racing by APR (Alex Quinn, George Kurtz et Toby Sowery) et la n°11 de TDS Racing (Tobias Lütke, Mathias Beche et David Heinemeier-Hansson).
Grâce à cette victoire, Inter Europol reprend quelques points au championnat sur Quinn et Kurtz, qui enchaînent malgré tout une troisième deuxième place consécutive et un quatrième podium en cinq courses.
Loser – BMW M Team WRT
Pendant une bonne partie de l’après-midi, BMW M Team WRT a donné l’impression de disposer de la voiture la plus rapide du plateau. La spectaculaire livrée Spider-Man de la n°24 a attiré tous les regards, mais c’est surtout son rythme qui a marqué les esprits. Dries Vanthoor et Sheldon van der Linde ont mené 38 tours. Aucun autre équipage n’a fait mieux. Et pourtant…
La n°24 a abandonné sur un problème de freins, tandis que la n°25 de Marco Wittmann et Philipp Eng a dû composer avec des soucis de refroidissement avant de terminer septième.
« Notre déception est immense, regrette le patron de BMW M Motorsport Andreas Roos. C’est toujours frustrant de perdre une course à cause d’un problème technique, mais cela l’est encore davantage lorsque vous avez montré un tel potentiel tout au long du week-end. Nous allons analyser ce qui s’est passé. Il reste deux courses et nous sommes déterminés à aller chercher cette première victoire ».
Brillant en WEC depuis le début de saison, BMW M Team WRT n’arrive toujours pas à transformer son potentiel en victoire en IMSA. A Elkhart Lake, la M Hybrid V8 semblai pourtant avoir les armes pour s’imposer.
Winner – Laurin Heinrich
Il y a quelques mois encore, personne n’aurait imaginé Laurin Heinrich en lice pour le titre GTP. Le pilote allemand continue pourtant de déjouer tous les pronostics.
Deuxième avec la Porsche 963 n°5 de JDC-Miller Motorsports (version 2025), qu’il partage avec Kaylen Frederick et Tijmen van der Helm, Heinrich profite de l’abandon de Jack Aitken pour refaire une grande partie de son retard au championnat.
« Nous ne nous attendions pas à un tel résultat, se félicite-t-il. Nous savions avant le départ que nous aurions besoin que nos adversaires commettent des erreurs. C’est exactement ce qui s’est produit. Nous avons évité tous les incidents et cette deuxième place nous rapporte énormément de points. »
Le plus impressionnant reste sans doute le contexte. Heinrich signe un troisième podium en quatre courses au sein d’une structure privée qui se mesure aux plus grandes équipes officielles de la catégorie et avec deux équipiers bien loin des références de la discipline. Un scénario qui pose question, nous y reviendrons.
Après une ultime apparition au sein JDC-Miller Motorsport à Indianapolis (20 septembre), Laurin Heinrich retrouvera la 963 n°7 du Porsche Penske Motorsport pour la finale du Petit Le Mans (3 octobre). L’Allemand coiffera-t-il la couronne pour sa première saison à ce niveau ? Rien d’impossible…
Loser – Porsche Penske Motorsport
Porsche Penske Motorsport continue de subir la comparaison avec… JDC-Miller Motorsports dont la Porsche 963 est – pour rappel – en version 2025. Et c’est peut-être cela qui interpelle le plus.
Certes, la Balance de Performance de la Porsche 963 version 2026 est nettement moins favorable à celle du modèle dénué des dernières évos. Mais cette seule explication ne suffit pas à expliquer la contre performance du géant germano-américain à Road America.
La n°7 de Julien Andlauer et Felipe Nasr a cumulé trois pénalités. Mais elle a aussi perdu du temps après avoir été envoyé dans le bac à graviers par un Jack Aitken curieusement non pénalisé. Quant à la n°6, elle a terminé sa course dans le contact avec cette même Cadillac n°31 à onze minutes de l’arrivée.
Contact between the No. 7 Porsche Penske and the No. 31 Whelen Cadillac GTP Cars. 😳
Motul SportsCar Endurance Grand Prix 🟢: Sunday, August 2 | 11:40AM ET 📺: Peacock 🌍: IMSA YouTube Live, IMSA .tv 📻: IMSA Radio pic.twitter.com/pxXFwDB3vq
« À la relance, la Cadillac a tenté de me dépasser par l’extérieur au premier virage, a expliqué Kévin Estre après coup. J’aurais peut-être pu lui laisser un peu plus de place. Il aurait aussi pu lever le pied. Je ne pense pas qu’il y ait un unique responsable. Mais une chose est sûre : aujourd’hui, nous sommes obligés de piloter comme des fous pour rester devant ».
Nous en revenons toujours au même constat : la BoP actuelle ne permet pas aux Porsche officielles de lutter à armes égales avec leurs principaux rivaux en raison d’une raceability moindre. Les pilotes sont régulièrement contraints de prendre davantage de risques pour dépasser… ou simplement défendre leur position. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de Toyota ces dernières années en WEC.
Certes, Porsche s’est assuré les titres Pilotes (Julien Andlauer / Felipe Nasr) et Teams en Michelin Endurance Cup avant même le Petit Le Mans. Mais cela ne suffit pas à redonner le sourire aux hommes de Roger Penske.
Première femme à remporter une course du Championnat du monde d’Endurance et tenante du titre GTD de la Michelin Endurance Cup, Lilou Wadoux est devenue samedi la première femme depuis huit ans à signer une pole position en IMSA SportsCar Championship.
Un accomplissement historique… que la Française refusait pourtant de considérer comme tel.
« Je suis surtout heureuse, en tant que pilote, d’avoir signé la pole position » avait-elle lâché avant d’ajouter : « Je dois rendre hommage aux autres femmes qui ont montré que nous étions capables de le faire. »
En course, ce fut plus compliqué. Avec ses équipiers, elle a terminé 11e de la catégorie GTD. Mais la pilote officielle Ferrari a démontré une fois de plus qu’elle figurait dorénavant parmi les références de l’endurance, en faisant preuve notamment d’une étonnant régularité.
Certes, ces statistiques sont à analyser avec prudence, mais elle a terminé meilleur pilote Ferrari au jeu de la moyenne des 50 des meilleurs tours en course. Et elle ne cesse de progresser…