À l’été 1986, les 1000 Kilomètres de Brands Hatch restent un classique du Championnat du monde des voitures de sport. Depuis 1966, les prototypes se succèdent sur ce ruban de 4,213 kilomètres où les voitures disparaissent dans la plongée de Paddock Hill Bend avant de réapparaître quelques secondes plus tard sous les yeux d’un public remarquablement proche de la piste.
Cette cinquième manche présente pourtant une particularité. Les points ne comptent que pour le championnat Pilotes, pas pour celui des Équipes. Porsche choisit donc de laisser son équipe officielle à Stuttgart, offrant à Jaguar et à Lancia une occasion rare de s’imposer.
L’absence est toutefois toute relative. Dans le paddock, les couleurs Rothmans sont toujours là. Non pas sur une voiture officielle, mais sur une Porsche 956 engagée par Joest Racing pour Hans-Joachim Stuck, Derek Bell et Klaus Ludwig. Le clin d’œil est savoureux. Plus encore lorsque l’on découvre que le châssis engagé est celui qui a remporté les 24 Heures du Mans en 1984 et 1985.
Sur la piste, Jaguar répartit ses forces en séparant Derek Warwick et Eddie Cheever. Le premier cité fait équipe avec Jean-Louis Schlesser, le second avec Gianfranco Brancatelli. Chez Lancia, Andrea de Cesaris retrouve Pierluigi Giacomelli.
Warwick, qui retrouvait d’ailleurs Brands Hatch une semaine après avoir disputé le Grand Prix de Formule 1. Tout comme Andrea de Cesaris – associé à Pierluigi Giacomelli sur la Lancia LC2 – et. Thierry Boutsen, qui partageait le volant de la Porsche 956 n°19 du Brun Motorsport avec Frank Jelinski.
Tout semble réuni pour un duel entre Lancia et Jaguar, mais la course choisit un autre scénario.
Quatre interventions de la voiture de sécurité cassent le rythme et redistribuent les cartes. La Porsche n°7 du Joest Racing perd ses illusions avant la mi-course suite en raison du bris de la barre antiroulis avant. Avant même la mi-course, la lutte semble se limiter à trois voitures : la Jaguar de Warwick-Schlesser, la Lancia de De Cesaris-Giacomelli et la Porsche du Richard Lloyd Racing confiée à Bob Wollek et Mauro Baldi.
L’équilibre ne dure pas. Un filtre à essence immobilise la Jaguar pendant près de sept minutes. Au même moment, la Lancia, victime d’une plaquette de frein baladeuse, perd six tours. Vous ajoutez à cela un changement de porte et la messe est dite.
Sans bruit, la Porsche du Richard Lloyd Racing se retrouve seule en tête. Il n’y a ni dépassement décisif ni arrivée au sprint, comme le prouve son avantage de respectivement quatre et cinq tours sur les Porsche n°7 et n°19 à l’arrivée. Seulement une équipe qui évite les pièges pendant que les autres s’arrêtent. Richard Lloyd Racing décroche un deuxième succès à Brands Hatch, deux ans après celui de Jonathan Palmer et Jan Lammers.
Pour Wollek et Mauro Baldi, ce succès possède une résonance particulière. Leur première victoire commune, aux 1000 Kilomètres de Spa 1985, était restée à jamais associée au décès de Stefan Bellof. Cette fois, ils peuvent enfin savourer pleinement…