L’an passé, la manche d’Interlagos avait laissé un goût d’inachevé. Beaucoup s’étaient demandé si le Championnat du Monde d’Endurance n’avait pas simplement été pris au dépourvu par les caractéristiques du tracé brésilien. Douze mois plus tard, São Paulo a apporté une réponse éclatante.
Au terme de six heures de course disputées quasiment sans interruption, trois constructeurs se tenaient en seulement 6″6 à l’arrivée. Stratégie, exécution et moindres détails ont constamment redistribué les cartes. Certains repartent du Brésil avec le sourire. D’autres savent qu’ils ont laissé passer une occasion en or de briller avant Austin.
Winner – BMW
Auteur d’un doublé aux 6 Heures de Spa-Francorchamps puis deuxième aux 24 Heures du Mans, BMW a signé à Interlagos son troisième podium consécutif en Hypercar et sa deuxième victoire dans la catégorie, la première pour l’équipage de la M Hybrid V8 n°15 composé de Dries Vanthoor, Raffaele Marciello et Kevin Magnussen.
« Ce fut un week-end incroyable ici au Brésil, se réjouissait Andreas Roos, directeur de BMW M Motorsport. Kevin Magnussen, Raffaele Marciello et Dries Vanthoor ont réalisé une course parfaite, tout comme l’équipe. Je tiens également à féliciter l’équipage de la n°20, qui a gagné dix places dans un peloton extrêmement relevé après des qualifications compliquées. Nous abordons la seconde moitié de saison avec beaucoup d’enthousiasme. »

L’opération aurait même pu être encore plus fructueuse si Robin Frijns n’avait pas écopé d’une pénalité de cinq secondes après l’arrivée pour un contact avec la Ferrari n°50 dans les derniers instants de la course.
À quatre manches de la fin de saison, BMW occupe désormais la deuxième place du championnat Constructeurs, à seulement cinq points de Toyota. Chez les Pilotes, Robin Frijns et René Rast reviennent à hauteur de l’équipage de la Toyota n°7 et prennent même l’avantage grâce à un plus grand nombre de deuxièmes places.
Loser – Toyota
Toyota a vécu l’un de ses week-ends les plus difficiles de ces dernières années. Percutée par la Genesis GMR-001 n°17 au cours de la deuxième heure, la TR010 Hybrid n°8 de Brendon Hartley a dû effectuer deux arrêts imprévus afin de réparer une biellette de direction, dont un de plus de seize minutes. La voiture a perdu douze tours, réduisant à néant toute ambition de résultat.
Déjà en difficulté tout au long du week-end sur un circuit où elle n’a jamais trouvé son rythme, la formation japonaise est également repartie bredouille avec la n°7. Une pénalité de cinq secondes pour une procédure de départ non conforme, suivie d’un drive-through pour une infraction sous Full Course Yellow, ont condamné les vainqueurs de la 94e édition des 24 Heures du Mans à une modeste 12e place.
« Ce fut évidemment une course très compliquée, reconnaissait Kamui Kobayashi. Ce n’est pas ce que nous espérions avant de venir ici. Nous avons manqué de performance tout au long de la semaine, y compris en course. Nous avons également commis quelques erreurs, ce qui n’a rien arrangé. Nous devons analyser tout cela et progresser. »
Sans être catastrophique, l’opération comptable complique néanmoins la tâche du constructeur japonais, dont l’avance s’est nettement réduite aussi bien au championnat Constructeurs que Pilotes.
Winner – Ferrari
Jamais Ferrari n’avait affiché autant de satisfaction après une deuxième place. Le constructeur italien pouvait même légitimement nourrir des regrets. Sans un drive-through infligé à la 499P n°50 pour un excès de vitesse sous Full Course Yellow, la victoire était à sa portée.
Finalement, c’est la voiture sœur, la n°51, qui a fait briller Maranello. Au terme de six heures d’une course parfaitement maîtrisée, James Calado, Alessandro Pier Guidi et Antonio Giovinazzi ont échoué à seulement 2″2 de la BMW victorieuse.
Pourtant, dans son dernier relais, Calado a frôlé la catastrophe en embrassant les barrières de pneus en sortant de la voie des stands, emportant au passage une bâche publicitaire qu’elle a conservée tout un relais. Plus de peur que de mal.

Au-delà du résultat brut, c’est surtout la manière qui satisfait Ferrari. Interlagos n’a jamais été un terrain particulièrement favorable à la 499P. Voir les voitures revenir dans la lutte pour la victoire après des qualifications discrètes constitue donc un signal particulièrement encourageant.
« Nous avons réalisé un excellent travail collectif, soulignait Ferdinando Cannizzo, responsable des programmes Endurance chez Ferrari. L’analyse approfondie de l’édition 2025 nous a permis de mieux comprendre comment faire progresser la voiture sur un circuit qui nous a toujours posé des difficultés. Nous avons su exploiter le potentiel de la 499P ainsi qu’une stratégie audacieuse, mais parfaitement calculée, pour nous battre jusqu’au bout pour le podium. »
Loser – Cadillac
Comme au Mans quelques semaines plus tôt, Cadillac quitte Interlagos avec davantage de regrets que de satisfactions.
Tout semblait pourtant réuni pour convertir la pole position en victoire. Pour la deuxième année consécutive, les deux Cadillac s’élançaient depuis la première ligne, un avantage d’autant plus précieux qu’aucune des cinq précédentes éditions des 6 Heures de São Paulo n’avait échappé à une voiture partie dans le top 2. La réalité de la course s’est révélée tout autre.

Tout s’est d’abord compliqué dès la première salve d’arrêts. Un écrou récalcitrant a immobilisé la n°12 bien plus longtemps que prévu, tandis que la n°38 perdait de précieuses secondes après s’être arrêtée au-delà de son emplacement. Une vingtaine de secondes envolées pour chacune des deux voitures.
La suite n’a fait qu’aggraver la situation : contacts, pénalités et autres contretemps ont empêché Cadillac de convertir sa vitesse en résultat.
« Nous avons perdu beaucoup de temps lors des arrêts aux stands, et comme la course est restée verte pendant pratiquement six heures, il était très difficile de revenir », analysait Jeremy Moore, chef ingénieur de Cadillac Racing.
Aucune Hypercar n’a affiché un rythme moyen plus élevé en course que la V-Series.R. Pourtant, une nouvelle fois, Cadillac repart avec la désagréable impression d’avoir laissé échapper une victoire qui lui tendait les bras.
Winner – The WEC
Interlagos avait laissé les observateurs sur leur faim en 2025. Douze mois plus tard, le circuit brésilien a offert l’exact opposé.
Pendant six heures, le FIA WEC a livré l’une de ses courses les plus abouties de l’ère Hypercar. Pas de neutralisations, pas de scénario artificiellement relancé : simplement une course disputée à un rythme effréné, où la stratégie, la gestion du trafic et l’exécution ont fait toute la différence.

À l’arrivée, trois constructeurs se tenaient en seulement 6″6. Sans la crevaison de l’Alpine n°35 dans les dernières minutes, quatre constructeurs différents auraient pu figurer dans le quinté de tête.
Le LMGT3 n’a pas été en reste. Huit petites secondes seulement séparaient la Corvette victorieuse de la Porsche classée deuxième après six heures de course.
Devant 85 000 spectateurs, Interlagos a rappelé pourquoi sa place au calendrier du Championnat du Monde ne souffrait finalement d’aucune contestation.
Loser – Alpine
Pendant quelques instants, la victoire a semblé à portée de main.
À une quarantaine de minutes de l’arrivée, l’Alpine A424 n°35 occupait les commandes. Une position flatteuse, mais qui ne reflétait qu’en partie la réalité de la course. Ayant opté très tôt pour une stratégie décalée, Alpine savait qu’un ultime ravitaillement serait nécessaire. Restait à espérer une neutralisation qui ne viendra jamais.
La crevaison à l’arrière droit, survenue avant même le dernier relais, a finalement mis un terme à toute illusion. Plus tôt dans la course, la voiture sœur avait déjà été victime du même problème.
« Je pense que nous aurions terminé cinquièmes au rythme pur, estimait Nicolas Lapierre, directeur sportif d’Alpine. C’est difficile à accepter parce que nous avions une très bonne voiture. Nous avons perdu du temps dans le trafic en début de course et nous avons donc choisi de tenter quelque chose de différent sur le plan stratégique. C’était un pari assumé, mais l’absence de neutralisations ne nous a jamais permis de le rentabiliser. »
Au lieu de lutter pour le podium dans le dernier relais, la n°35 a finalement vu le drapeau à damier en dixième position, juste devant la n°36. Un résultat bien sévère au regard du potentiel affiché tout au long du week-end.
Winner – Racing Team Turkey by TF

Si nous n’avons pas eu le droit à un quatrième constructeur différent sur la plus haute marche du podium en autant de courses cette saison, la catégorie a tout de même vu un quatrième équipage différent s’imposer.
Cette fois, les honneurs sont revenus à la Corvette Z06 LMGT3.R n°34 du Racing Team Turkey by TF, récompensée au terme d’une nouvelle arrivée haletante.
Pour Charlie Eastwood, la victoire s’est construite bien avant les derniers kilomètres.
« Nous sommes ressortis derrière la Porsche et la BMW, mais nous savions que nous disposions d’un avantage sur la consommation grâce au très bon relais de Peter. Nous avons ainsi pu revenir sur Daniel Harper et Riccardo Pera. Puis, au cœur de la bataille avec Harper, nous avons crevé. »
« Nous avons alors disposé d’une vingtaine de minutes pour adapter notre stratégie, ajouter juste le carburant nécessaire et tenter de rallier l’arrivée. Heureusement, la valve s’est repliée vers l’intérieur de la jante et le pneu ne s’est jamais complètement dégonflé. Nous avons dû nous arrêter plus tôt que prévu, avant la BMW, mais au final tout s’est parfaitement déroulé. »
La BMW M4 GT3 EVO n°69 du Team WRT et la Porsche 911 GT3 R n°92 du Manthey 1st Phorm complètent le podium.
S’il fallait encore une preuve de la densité du LMGT3 en 2026, Interlagos l’a une nouvelle fois apportée.