Initialement, Doriane Pin devait prendre le volant de la Peugeot 9X8 lors du Rookie Test du WEC organisé sur le Circuit International de Sakhir dans la foulée des 8 Heures de Bahreïn. C’était tout du moins ce qui était prévu quand elle a signé son contrat en tant que pilote de développement. Mais l’annulation de l’épreuve a obligé Peugeot Sport à revoir ses plans.
Rendez-vous a finalement été pris le 2 décembre, au Paul-Ricard, à l’occasion d’une séance d’essai privée menée par le constructeur français. Une première pour elle en Hypercar, et surtout des premiers repères dans une voiture dont les contraintes n’ont que peu à voir avec celles d’une LMP2.
Peugeot lui confiera la 9X8 dans sa spécification 2026, l’équipe souhaitant réserver autant que possible le kilométrage de la version 2027 à ses titulaires. Mais ce test n’a rien d’une récompense. Peugeot entend en tirer une mesure beaucoup plus précise de son niveau avant de prolonger ou non son contrat voire la promouvoir au poste de pilote de réserve.
Que Doriane Pin a-t-elle montré en 2026 ?

Fraîchement auréolée d’un titre en F1 Academy et sans opportunité en monoplace, Doriane Pin a effectué son retour en LMP2. Une catégorie qu’elle avait découverte en 2023 sur une Oreca 07 du Prema Racing.
Ses prestations fournissent déjà quelques indices. Engagée avec Duqueine Team en ELMS, la Française de 22 ans a confirmé qu’elle pouvait être rapide dans un prototype.
Au Mans, elle a signé le meilleur temps de la séance de qualification LMP2. Une performance remarquable, à replacer néanmoins dans son contexte : cette séance était réservée aux pilotes Bronze et Silver et ne constituait que la première étape vers l’Hyperpole. Son chrono ne permet donc pas, à lui seul, de la situer face aux meilleurs professionnels du plateau.
En course, son rythme apporte un autre élément de réponse. Son Oreca 07 n°30 du Duqueine Team était en tête du LMP2 à trois heures de l’arrivée avant de renoncer en raison de problèmes de freins. Sur le plan personnel, Doriane Pin a tenu son rang et s’est montrée supérieure aux autres Silver de la catégorie. Mais la Française vise plus haut. Sur la moyenne des 10 % de ses meilleurs tours, elle a tout de même concédé 1’’287 à Julien Andlauer.
Les conditions de course interdisent évidemment d’en faire une comparaison absolue. Reste que cette écart n’est pas anodin. Sur le papier, pour le moment, cela laisse penser qu’il lui reste une marche à franchir. Le rendez-vous du Paul-Ricard doit permettre de savoir à quelle niveau elle se situe réellement.
Le poids, un juge que la LMP2 ne connaît pas

C’est probablement l’un des éléments les plus intéressants du rendez-vous du Castellet. Peugeot ne veut pas simplement installer Doriane Pin dans la 9X8 et regarder les temps. L’équipe entend la faire rouler dans des conditions correspondant à celles imposées en Hypercar.
Le WEC utilise en Hypercar une référence de 82 kg, calculée à partir du poids moyen des pilotes de l’équipage. Lorsque cette moyenne est inférieure à 78 kg, la différence vient augmenter le poids minimum de la voiture. Lorsqu’elle est supérieure, celui-ci peut être réduit, dans une limite de cinq kilos.
Pourquoi est-ce important ? Tout simplement parce qu’aucun lest n’est appliquée en LMP2 et que Doriane Pin tire forcément avantage d’être un poids plume.
La légèreté d’une pilote comme Doriane Pin n’offre donc pas, en Hypercar, l’avantage que l’on pourrait imaginer. Là où la LMP2 ne corrige pas de la même manière le poids des équipages, l’Hypercar neutralise largement cet effet. Peugeot veut précisément retirer cette variable de l’équation avant de prendre sa décision.
Un test aux allures d’évaluation
« Nous allons faire rouler Doriane lors d’un véritable test le 2 décembre au Paul-Ricard, et nous voulons le faire dans des conditions réelles en matière de lest et de réglementation sur le poids, afin de pouvoir évaluer correctement ses performances, a expliqué le team principal de Peugeot Sport Emmanuel Esnault. C’est ce que nous avons prévu de faire. »
Le choix des mots compte. Peugeot ne prépare pas Doriane Pin à une titularisation en 2027. Les nouveaux venus sont connus en interne et elle n’en fait pas partie. Mais le constructeur français ne s’interdit pas de la faire passer de pilote de développement à pilote de réserve. Avant cela, Peugeot veut savoir exactement où elle se situe.
« L’idée est de procéder à une véritable évaluation, comme nous le ferions avec un pilote susceptible de courir avec nous », poursuit Emmanuel Esnault.

L’objectif immédiat est clair : déterminer si Pin peut devenir une solution crédible en cas d’indisponibilité de l’un des titulaires. Autrement dit, passer du statut de pilote de développement à celui de réserviste réellement opérationnelle. Une pilote que l’on peut appeler, installer dans la voiture et engager sans transformer le week-end de course en séance d’apprentissage.
« Une fois que nous aurons une vision claire de son niveau de performance au volant de notre voiture, nous prendrons une décision. Nous adapterons le scénario », résume Emmanuel Esnault.
Le 2 décembre ne dira donc probablement pas si Doriane Pin sera un jour titulaire en Hypercar. Il dira déjà si Peugeot estime pouvoir lui confier une 9X8 un week-end de course. Pour une première journée au volant de la voiture, l’enjeu est loin d’être anodin.
Les femmes au Mans
Depuis les premières participations féminines aux 24 Heures du Mans en 1930, les femmes ont écrit une histoire singulière dans la Sarthe. La référence demeure Odette Siko, quatrième en 1932, meilleur classement féminin de l’histoire de l’épreuve. Annie-Charlotte Verney détient quant à elle le record de participations féminines, avec dix départs, dont une sixième place en 1981.
Les équipages entièrement féminins appartiennent eux aussi à cette histoire. Dès 1930, Odette Siko et Marguerite Mareuse terminaient septièmes. Plusieurs générations leur ont succédé jusqu’aux Iron Dames, qui ont renoué durablement avec cette tradition ces dernières années. Rahel Frey et Michelle Gatting ont notamment enchaîné six éditions consécutives au sein d’équipages 100 % féminins, tous classés.
En 2026, Doriane Pin, en LMP2, et Lilou Wadoux, en LMGT3, ont prolongé cette histoire, tandis que Sarah Bovy est devenue la première femme à occuper le rôle de Grand Marshal des 24 Heures du Mans.
Doriane Pin n’est d’ailleurs pas passée très loin d’ajouter une ligne autrement plus marquante à ce palmarès. Mais la mécanique en a décidé autrement. Il faut remonter à 1975 et à la Moynet LM75 de Michèle Mouton, Marianne Hoepfner et Christine Dacremont, victorieuse en 2 Litres Prototypes, pour retrouver une victoire de catégorie d’un équipage féminin au Mans.